mercredi 28 janvier 2009

Belem 2009 : beaucoup d'altermondialisme, un peu de sport

C'est hier à Belem au Brésil, que s'est ouvert le Forum Social Mondial, le pèlerinage annuel altermondialiste... Et je suis content de vous annoncer que quelques événements sportifs sont programmés cette année.

C'est une ONG intéressante, l'International Platform on Sport and Development, qui va sensibiliser un peu les altermondialistes à la question sportive. Il y a du boulot, car le sport suscite souvent chez les gauchistes davantage de dédain que d'intérêt. Course pour les droits et la solidarité, atelier sur la non-discrimination dans le sport... le programme est léger mais assez alléchant!

Des activités sportives « auto-gérées » et « non-structurées » sont également programmées par une ONG italienne, l'Unione Italiana Sport Per Tutti... De quoi s'agit-il? De développer le «sport pour tous»... Vaste programme... Concrètement, à Belem, il s'agira de mélanger les équipes, de faire découvrir des sports alternatifs et minoritaires, de jouer pour le plaisir et pas vraiment pour gagner...

L'idée de mélanger les équipes sur un mode aléatoire est originale... Et si on l'appliquait à l'UEFA? Si on tirait au sort, en début d'année, les transferts de joueurs? Combinée au 6+5, cette mesure permettrait certainement de remettre un peu d'équité sportive dans les compétitions européennes. Messi aux Young Boys de Berne et Drogba à Tampere United, ça pourrait être rigolo, non? Allez, le Forum Social Mondial dure à peine une semaine... Une semaine de délire utopique par an, on a le droit, non?
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jeudi 22 janvier 2009

Le télé-arbitrage contre les trucages des matchs ?

Cette semaine s'ouvre le procès de Luciano Moggi, l'ancien directeur général de la Juve accusé d'avoir corrompu des arbitres du Calcio pendant des années. L'occasion de réfléchir aux moyens de réduire les risques de trucages de matchs... Jean-Marc Guillou, à ce sujet, fait une proposition étonnante : l'ancien joueur pro, réputé pour ses académies éponymes en Afrique, recommande que l'arbitre du centre soit remplacé par un télé-arbitre désigné cinq minutes avant le match! Dans ces conditions, cet arbitre serait bien difficile à corrompre. Le télé-arbitre disposerait de plusieurs écrans vidéos et arbitrerait le match à distance sur la base des images diffusées. Et ses assistants, sur le terrain, ne feraient que transmettre ses décisions aux joueurs. Drôle de dispositif, non? Très high-tech, très cyber-virtuel, pas idiot, même si le spirit of the game pourrait être altéré par de multiples arrêts de jeu... Mais bon, why not? Peut-être devrait-on demander à Luciano Moggi ce qu'il en pense... Lire la suite...

lundi 19 janvier 2009

Les Emirats, prochain Eldorado du sport-business?

La lutte de prestige entre rois et émirs s'exporte dans l'univers du sport.

C'est à une drôle de guerre économique que se livrent l'Arabie Saoudite et ses émirats voisins depuis plusieurs années : alors que la famille royale saoudienne a la tutelle sur la ville sainte de la Mecque, une rente politique et économique pour le moins durable, Dubai, Abou-Dhabi et le Qatar bâtissent des modèles de développement assez originaux. Dubai construit une capitale mondiale du bling-bling, le Qatar un îlot de libéralisme politico-médiatique, et Abou-Dhabi une ville placée sous le signe des savoirs et de la culture. Mais bien sûr, cette lutte de prestige entre rois et émirs s'exporte dans l'univers du sport, avec des modèles, dans ce domaine, eux aussi assez différents.

Le Qatar d'abord. Capitale : Doha. L'Etat connu pour financer, entre autres, la chaîne d'infos Al-Jazeera, ne cache pas ses ambitions politiques : être le premier Etat arabe à organiser les Jeux Olympiques. Et pour parvenir à ses fins, le cheikh Hamad bin Khalifa Al Thani a misé sur un modèle de développement qu'on qualifiera de « relativement endogène » : « endogène », car il s'agit de développer les capacités sportives locales... mais « relativement », car, comme dans d'autres secteurs dans cette région du monde, le développement sportif qatari s'appuie quasi exclusivement sur une main d'oeuvre qualifiée étrangère. Dans les années 90, le Qatar a ainsi essayé de valoriser son championnat de foot en offrant des retraites dorés aux anciennes gloires européennes et latino-américaines (Desailly, Leboeuf, Batistuta etc). Semi-échec : les clubs qataris n'attirent en réalité que les parias du foot européen. La stratégie qatarie, ambitieuse, visait aussi à naturaliser des sportifs étrangers de haut niveau qui, pour une raison x ou y, n'étaient plus en odeur de sainteté avec leur fédération nationale. Dans le foot, Doha a ainsi cherché à bâtir une équipe nationale en proposant la nationalité qatarie à des footballeurs étrangers qui restaient aux portes de leur sélection nationale. Projet avorté en raison de l'opposition de la FIFA. Mais en athlétisme, cette politique a eu plus de succès : plusieurs athlètes kenyans ont ainsi déjà couru sous les couleurs qataries, à prix d'or. Et le Qatar, même s'il a fait chou blanc à Pékin, a gagné plusieurs médailles dans les Championnats du monde d'athlétisme.

A Dubai, c'est à l'éclosion d'un autre modèle qu'on assiste : un projet immobilier mégalo, dénommé Dubai City Sports, avec appartements de luxe et infrastructures sportives accueillant des matchs de gala (un stade, un gymnase, un terrain de cricket et un terrain de hockey sur gazon). Cricket et hockey sur gazon ? On dirait que le public ciblé par ce resort est la bourgeoisie indo-pakistanaise... Mais ce modèle de développement du sport-spectacle est mal barré : avec la crise immobilière, peu de chances que les appartements de Dubai continuent à se vendre à prix d'or...

Abou Dhabi, de son côté, est plus prudente. Là-bas, on se la joue simple et classique : recycler les pétrodollars dans des équipes sportives européennes qui ont fait leur preuve. La prise de contrôle de Manchester City par Cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, le frère du chef de l'Etat, a certes heurté les consciences britanniques. Le Labour s'en est même ému. D'autant plus que City n'hésite pas à déstabiliser ses adversaires en annonçant des transferts hors du commun pendant le mercato (Kaka, David Villa). Mais, à ce jour, aucune mesure politique n'a été adoptée Outre-Manche pour restreindre la prise de contrôle de grands clubs par des fonds du Golfe Persique...

C'est dans ce contexte qu'on apprend que Roman Abramovich, le milliardaire russe propriétaire de Chelsea, cherche à vendre le club à la famille royale saoudienne... Car encore une fois, la dynastie Al Saoud est à la traîne. Et elle se rend certainement compte qu'elle est train de passer à côté de quelques juteuses affaires... Alors, pour taper fort, Riyad lorgne du côté des Blues.

La vente de Chelsea aura-t-elle lieu? Peut-être pas dans les semaines à venir... Mais il est probable que, faute d'une politique nationale de contrôle des clubs, plusieurs équipes de Premier League tomberont bientôt dans le giron des émirs du pétrole, les seuls, à l'heure actuelle, capables de reprendre un joujou comme Chelsea estimé à 890 millions d'euros! Le temps des oligarques russe semble révolu!

Les pays du Golfe se positionnent donc petit à petit comme des acteurs financiers de premier plan du sport professionnel. Sans athlètes nationaux ou presque. Mais rassurez-vous, la France a un atout de poids : le fils du président, Louis Sarkozy, qui vit avec sa maman à Dubai. Allez Cécilia, il est temps d'inscrire Louis à une école de foot de Dubai! Avec un peu de chance, et l'ambition de son père, il fera peut-être carrière dans les Emirats, prochain Eldorado du sport-business.
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jeudi 8 janvier 2009

Red Bull, la World Company du football

On sent poindre un véritable mouvement de fond dans les clubs : la création d’équipes-filiales à l’étranger pour conquérir des marchés émergents et optimiser l’utilisation de la main d’oeuvre.

Vous connaissez le Red Bull Salzburg ? Il ne s’agit pas d’un nouveau cocktail, mais d’un club de foot…Eh bien figurez-vous que le Red Bull Salzburg est un club visionnaire, il préfigure ce que sera le foot pro de demain… Explications.

Il était une fois, au début des années 2000, un club de foot moyen dans une ville moyenne d’une nation moyenne du foot mondial. L’Austria Salzburg avait bien connu son heure de gloire en 1994 à l’occasion d’une finale de Coupe UEFA perdue face à l’Inter de Milan, mais il sombrait depuis dans les bas-fonds du prolétariat footballistique européen.

Il était une autre fois une firme autrichienne désireuse de conquérir de nouveaux marchés. La société Red Bull avait besoin à cet effet de se débarrasser d’une sale image de marque : on disait que sa boisson n’apportait aucun bénéfice sur la santé ; pire, chez les jeunes, le Red Bull était utilisé était comme adjuvant aux alcools forts afin de maximiser la durée de leur effet ! Red Bull décida donc d’investir à fond dans le sponsoring du sport, car le sport, c’est bien connu, c’est la santé.

Red Bull racheta l’Austria Salzburg en 2005, le rebaptisa Red Bull Salzburg et fit construire un nouveau stade de 30.000 places, le Red Bull Arena. En 2006, Red Bull acheta aux Etats-Unis l’équipe de soccer des MetroStars, lesquels devinrent donc les Red Bull New York. Il y a tout juste un an naissait la Red Bull Academy à Sogakope au Ghana. C’est quoi la suite de cette saga ? La création d’un championnat mondial des équipes Red Bull ? En tout cas, l’empire footballistique Red Bull s’étend. Il organise aujourd’hui un véritable commerce triangulaire de joueurs, de capitaux et de supporters entre l’Afrique, les Etats-Unis et l’Europe. Il s’agit de contrôler l’ensemble de la filière foot et d’optimiser au maximum le parcours des joueurs : en caricaturant, on pourrait dire que les joueurs ont une formation low-cost délocalisée en Afrique ; qu’ils rejoignent en début ou en fin de carrière l’équipe réserve de New York pour y faire leur armes et surtout pour conquérir le marché émergent du soccer US ; et qu’au sommet de leur carrière, ils sont admis dans l’équipe fanion de Salzburg. Ca c’est de la gestion des ressources humaines !

Les résultats sont déjà au rendez-vous. Red Bull Salzburg est champion d’Autriche 2007, dauphin en 2008. Red Bull New-York est finaliste 2008 du Championnat US. Et au Ghana, la Red Bull Academy est en passe de devenir la principale pépinière des jeunes talents ouest-africains.

Alors aujourd’hui, fort de ces succès, le modèle Red Bull fait école auprès des grands clubs européens ! Voilà que le Barça envisage lui aussi d’ouvrir une filiale à Miami ! Bon le Barça de Miami sera au Barça catalan ce que la Logan, chez Renault, est à la Velsatis. Une version low-cost délocalisée en quelque sorte. Mais il aura la « griffe » Barça. Et ce n’est pas rien !

On sent poindre un véritable mouvement de fond : la création d’équipes-filiales à l’étranger pour conquérir des marchés émergents et optimiser l’utilisation de la main d’oeuvre. Le danger ? Que les clubs de demain, pilotés par des enseignes commerciales (Red Bull, Emirates, Allianz…), se constituent en véritables multinationales. Les clubs de foot de l’avenir ne seraient plus du tout ancrés dans le « local » (une ville, une communauté) mais totalement dans le « label » (au mieux une griffe ou un style, au pire une simple marque).

Un motif d’espoir ? Certains fans de l’Austria Salzburg, mécontents que leur équipe soit rachetée et renommée par Red Bull, on décidé de refonder l’Austria Salzburg… qui a du redémarrer en septième division autrichienne et qui vient de monter d’un échelon ! Bonne chance les gars, la Ligue des Champions, c’est pour 2015 !
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mercredi 31 décembre 2008

Alter-Top Five : les 5 faits marquants du sport mondial en 2008

Le journaliste canadien Declan Hill est élu AlterSportif de l'année 2008.

Joyeuses fêtes, fidèles Alternautes. Comme tous mes confrères bloggueurs sportifs, je vais moi aussi exécuter la figure imposée de cette fin d’année, à savoir mon classement des faits sportifs les plus marquants en 2008. En avant pour l’Alter-Top Five 2008 !

1) Marion Jones purge une peine de 6 mois de prison

Enfin une victoire pour la lutte anti-dopage aux Etats-Unis, après des années d’impunité pour les tricheurs. Marion Jones écope de 6 mois ferme, non pas pour faits de dopage, mais pour parjure. Outre-Atlantique, on ne rigole pas avec les serments solennels… Marion purge sa peine en silence et, il faut le souligner, avec une certaine dignité. Elle a perdu ses médailles, mais, à mon sens, elle a retrouvé son honneur.

2) Lance Armstrong et les autres cyclistes dopés remontent en selle

Si l’athlétisme commence à faire son ménage (j’ai bien dit « commence »), le cyclisme, lui, fait un joli rétropédalage. Deux faits marquants en 2008. D’abord chez ASO, la société propriétaire du Tour de France, la lutte des clans tourne à l’avantage des « laxistes ». Ensuite, étrange coïncidence, Lance Armstrong, l’athlète symbole du négationnisme du dopage, annonce son come-back. Lance participera au Tour 2009. Aussitôt l’Union Cycliste Internationale accepte de renier ses nouvelles règles anti-dopage pour lui permettre de participer préalablement au Tour d'Australie. Quelle mascarade ! Mais Armstrong n’est pas seul : on annonce pour 2009 les retours d’Ivan Basso, de Rasmussen, de Vinokourov et même de Floyd Landis.

3) La flamme olympique ne brille plus

L’image symbole qui restera de ces JO de Pékin, c’est certainement cette flamme éteinte par un security officer chinois à Paris, sous les yeux ébahis de David Douillet… Dans cette affaire, le comité olympique français s’est totalement ridiculisé… Rappelez-vous, certains athlètes français voulaient porter un badge « Pour un monde meilleur » à Pékin… ça ne mangeait vraiment pas de pain… mais le comité olympique français, véritable poule mouillée, l’a refusé à nos athlètes. La honte ! Et bravo à Reporters Sans Frontières pour leurs actions coup de poing, même si je pense qu’il était tout à fait légitime que Pékin organise les Jeux 2008.

4) Les athlètes chinois sont des esclaves

Aux débuts des JO, aux temps de Coubertin et consorts, l’amateurisme était la règle. Puis vint, après guerre, le professionnalisme. Eh bien voici venu le temps de… l’esclavagisme ! Et les Chinois ont une longueur d’avance sur les nations occidentales dans ce domaine. Repérage systématique dans les écoles primaires d'enfants présentant du potentiel, enrôlement forcé de ces enfants dans les clubs, entraînement ultra-intensif, sélection d’enfants dans des compétitions internationales interdites aux moins de seize ans. Les Chinois n’ont reculé devant rien pour atteindre haut la main leur objectif nationaliste : devancer les Etats-Unis au classement des médailles.

5) Matchs truqués : la fin de l’omerta

La parution de « Comment truquer un match de foot » du Canadien Declan Hill, a révélé au grand public un problème majeur : de nombreux matchs de foot pro sont truqués, à tous les échelons de compétition. La Coupe du Monde n’est pas épargnée. Les instigateurs de cette corruption sont en premier lieu les mafias asiatiques, qui blanchissent et font fructifier leur argent sale en pariant sur des matchs qu’elles truquent. Mais elles ne sont pas les seules coupables… Rappelez vous de Bernard Tapie et de l’affaire OM-VA ! Bravo à Declan Hill, à Denis Robert et aux autres journalistes qui ont le courage d’enquêter sur les trucages de matchs. Grâce à eux, certaines langues commencent à se délier. Pour moi, Declan Hill est vraiment l’AlterSportif de l’année !
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dimanche 21 décembre 2008

F1 : de moins en moins d’argent, d’écuries, de grands prix, mais de plus en plus de circuits !

La construction d’un nouveau circuit de F1 en Ile-de-France est un non-sens économique et écologique. Qu’importe : François Fillon, fan de sport auto, et Lagardère, grand ami du Président, en ont décidé ainsi.

Je ne sais pas si on doit s’en réjouir, mais là j’ai vraiment l’impression que le pronostic vital de la Formule 1 est comme qui dirait «engagé»… La F1 agonise sur fond de crise de l’industrie automobile… Honda, qui dépense tout de même la bagatelle 350 millions d’euros par an dans la F1, vient d’annoncer la fermeture de son écurie pour l’année prochaine. Du coup, Max Mosley, le président de la fédération internationale des sports automobiles, considère lui-même que si une nouvelle écurie, demain, jette l’éponge, le championnat de F1 ne sera plus « crédible ».

Cette incertitude n’empêche pas nos responsables politico-industriels de défendre la construction d’un nouveau circuit en Ile-de-France pour accueillir le GP de France 2010 ! (si d’ici là la F1 n’a tout simplement pas rendu l’âme). Après l’échec du projet Largadère-Prost-Disneyland à Marne-la-Vallée, Pierre Bédier, président du Conseil Général du 78, croit son heure venue. Il veut un Grand Prix dans les Yvelines ! Un premier projet de tracé de circuit, au cœur de Versailles, a été tenté il y a un an ou deux, sans succès. Etienne Pinte, maire de Versailles, un mec plutôt raisonnable, avait vite mis fin à ce délire…

Un nouveau projet a alors été lancé, du côté de Flins et des Mureaux, avec construction d’un circuit tout beau tout neuf au milieu de champs de culture bio ! Mais le maire de la petite commune limitrophe de Mezy-sur-Seine, épaulé par l’avocate Corinne Lepage, organise la fronde des riverains. Leur collectif « Flins sans F1 » fait pas mal de bruit. La presse en parle, et ils ont même ouvert un compte sur Facebook ! Trop tendance les écolos du sept-huit ! Et les riverains de Sarcelles, où se situe un projet concurrent de nouveau circuit en Ile-de-France, commencent eux aussi à se mobiliser ! AlterSport vous dit bravo !

La construction d’un nouveau circuit de F1 en Ile-de-France est en effet un véritable scandale, un non-sens économique et écologique. Qu’importe : François Fillon, fan de sport auto, et Lagardère, grand ami du Président, en ont décidé ainsi. Espérons que leurs projets sans queue ni tête finiront bientôt… en tête à queue…

PS : Petit rappel d’un précédent AlterPost : la France a déjà un circuit tout à fait adapté à la F1. Mais manque de bol, il est situé dans la Nièvre, à Magny-Cours, à 3 heures de Paris. La Nièvre, Bernie Ecclestone, l’argentier de la F1, ne veut plus y poser son hélico, il trouve que c’est trop loin et rempli de bouseux...
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jeudi 18 décembre 2008

Le sport français est-il macho ?

Le sport féminin français est déprimé. A qui la faute ? Au machisme ambiant de la société ? Ou à des causes plus systémiques ?

Il est de bon ton, en France, de se moquer du modèle américain, de son prétendu « communautarisme ». Pourtant, il y a bien un domaine où les Etats-Unis ont des leçons à nous donner : le sport féminin !
Les Américaines, aux derniers JO de Pékin, ont non seulement conservé leur titre en football et dominé de la tête et des épaules la compétition de basket, mais elles ont aussi créé la surprise en volley en arrachant l’argent. Au final, les Américaines ont totalisé 53 médailles, seulement 4 de moins que les Chinoises.

Côté Françaises, Pékin, c'était Waterloo morne plaine. 7 petites médailles. Soit à peine 17% de l'ensemble des médailles tricolores. Une situation qui devrait inquiéter notre sous-Ministre Laporte. On sait bien que ce qui l'intéresse lui, c'est les résultats, les médailles, les titres, les sacres. Pas l'éducation sportive populaire, non, mais plutôt l'élite. Eh bien l'élite féminine française est aujourd'hui mal en point. Les Flessel, Manaudou, Pérec et Mauresmo n'ont pas encore trouvé d'héritières.

Alors aidons Laporte à reconstruire le sport féminin français et jetons un œil outre-Atlantique, si vous le voulez bien. Là bas, dans les universités, qui constituent le creuset du sport d’élite, s’applique ce qu’on appelle le Title IX (prononcez title nine). C’est un amendement de non-discrimination voté en 1972. Il a en fait essentiellement été appliqué dans le milieu du sport universitaire. Le Title IX stipule que les hommes et les femmes doivent se voir accorder les mêmes opportunités de pratique sportive, à tous les échelons. Concrètement, pour la plupart des disciplines, le sport féminin est financé à même hauteur que le sport masculin. D’où, par exemple, la domination incontestée des Américaines dans le soccer mondial.

Et en France alors ? Un chercheur de l’INSEP, cité par la Croix, relève que la pratique sportive des Françaises serait globalement en recul, notamment dans les banlieues chez les adolescentes. Sous-entendu que le machisme ambiant dans les cités et l’influence grandissante d’un Islam conservateur imposeraient aux jeunes filles une pudeur incompatible avec une pratique sportive. C’est peut-être pas faux… Un colloque sera d’ailleurs organisé à ce sujet à Aubervilliers en janvier...

Mais le machisme de la société est un coupable un peu facile... Car chez le spectateur le sport féminin a le vent en poupe. Tennis, hand, athlé, judo : nombreuses sont les disciplines où la compétition féminine internationale, jugée plus gracieuse que la masculine, a acquis au fil des ans ses lettres de noblesse télévisuelles.

Il faut plutôt chercher des causes systémiques à la dépression du sport féminin français. Du côté des dirigeants et des entraîneurs, peu de places sont en effet laissées aux femmes. En France, seulement 14% des cadres techniques sportifs sont des femmes, selon l’INSEP.

Et regardez les principales fédérations. En connaissez-vous une qui ait déjà été dirigée par une femme ? Foot : Jean-Pierre Escalettes ; basket : Yvan Mainini ; hand : Joël Delplanque ; athlétisme : Bernard Amsalem ; natation : Francis Luyce ; judo : Jean-Luc Rougé. Et tous ces mâles bien blancs, et d’autres encore, forment ensemble notre Comité National Olympique. Avec le succès qu’on lui connaît. Alors rêvons... d'une nouvelle présidente, en lieu et place du vaillant Henri Serandour... Cela ferait peut-être le plus grand bien au Comité Olympique Français, un peu comme au Medef… Si une femme (Laurence Parisot) a réussi à détrôner le Baron Sellières, il est temps qu’une femme, enfin, succède aux mâles héritiers du Baron de Coubertin…
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mardi 9 décembre 2008

Eperviers du Togo : la chasse est ouverte

L’affaire Avlessi, avec ses zones d’ombres, confirme que les petites nations d’Afrique sont une proie facile pour les tricheurs du foot mondial.

Ce 9 décembre, c’est la journée mondiale de lutte contre la corruption. J’ai du mal à choisir un exemple pour illustrer l’importance de ce fléau dans le sport moderne… Corruption des membres du CIO pour l’attribution des JO (corruption avérée pour les Jeux de Salt Lake City, corruption soupçonnée pour quasiment tous les autres JO sous Samaranch)… Corruption des juges de patinage artistique (ou plutôt « arrangements » entre voisins géographiques)… Le choix est si vaste…

Ces faits sont déjà largement documentés et je préfère donc évoquer aujourd’hui, sur ce sujet sensible et polémique, le sort d’un petit pays de football dont on parle peu : le Togo, classé 121ème sur 180 au classement international de la corruption publié par Transparency International et 91ème sur 207 au classement FIFA.

Pourquoi le Togo ? Car une guerre des clans, sur fond de scandale de trucage de match, fait rage au niveau de la Fédération Togolaise de Football (FTF)… 3 fortes têtes briguent le fauteuil de Président de la Fédé…

Rock Gnassingbé d’abord. Ancien Président de la FTF au moment de la qualification historique du Togo pour la Coupe du Monde 2006, Rock n’est autre que le fils du défunt Président de la République (Gnassingbé Eyadema, grand ami de Mitterrand et de Chirac) et donc frère du présent Président de la République (Faure Gnassingbé, bon pote de Sarko). Vous m’avez suivi ? Retenez que Président de la Fédé de foot, au Togo, est un poste hautement stratégique : les plus hauts membres du clan Gnassingbé/Eyadéma, au pouvoir au pays depuis 1967, cherchent à s’y placer ! Le principal problème de Rock, c’est qu’il était aussi en poste lors du calamiteux Mondial 2006 et qu’il n’avait pas pu enrayer la descente aux enfers des Eperviers : démission de l’entraîneur Otto Pfister quelques jours avant le premier match face à la Corée du Sud, menace de grève des joueurs en plein Mondial, résultats sur le terrain catastrophiques, soupçons d’émigration clandestine de faux supporteurs togolais en Allemagne etc. La seule chance de gagner aujourd’hui pour Rock ? Emerger en homme providentiel, après une lutte fratricide entre les 2 autres candidats.

Le favori est l’actuel Prési, et candidat à sa propre succession, l’illustre Tata Avlessi. Homme d’affaires dans le civil. Originaire d’un tout petit village, Masseda, où il a fait construire un stade de plusieurs milliers de places ! L’Union Sportive de Masseda, son joujou, est une espèce d’Hoffenheim togolais. Tata Avlessi a les faveurs des stars l’équipe nationale : Emmanuel Adebayor a même refusé récemment de jouer un match amical avec les Eperviers au prétexte qu’Avlessi n’était pas présent dans les tribunes. Le problème, c’est que Tata Avlessi est le principal accusé dans une sombre affaire de corruption de match. Les faits se déroulent en 2007 à Lomé. Il s’agit du match Togo-Tunisie de la CAN des moins de 17 ans. Tata Avlessi aurait fait remettre la somme de 1.100.000 CFA (à peine plus de 1500 €) à l’arbitre gambien du match pour que celui-ci aide le Togo à gagner. Somme remise par l’intermédiaire d’un arbitre togolais, magistrat dans le civil ! Manque de pot, le Togo a perdu le match, en plus l’arbitre gambien en a parlé à son assistant et l’affaire est remontée jusqu’à la Confédération Africaine de Football (CAF), laquelle a suspendu Tata Avlessi de ses fonctions de Président de la FTF. Tata a fait appel auprès du Tribunal Arbitral du Sport de Lausanne. Il se dit victime d’une machination, d’un règlement de comptes de ses opposants à la FTF. Compte tenu de la confusion de la situation et des vices de procédures successifs, il a été rétabli dans ses fonctions. Il faut lire le PV du Tribunal. Les faits sont rocambolesques. Des enveloppes de billets atterrissent dans une chambre d’hôtel, des témoins se contredisent, reviennent sur leurs propos… On est en plein film de gangsters. Tout ça pour à peine 1500 € et un match de poule de CAN des moins de 17 ans, rappelons le.

Dernier challenger en lice : Ameyi Komlan Gabriel, actuel Vice-Président de la FTF. A Lomé, on dit qu’il tire de nombreuses ficelles. Un homme de l’ombre en quelque sorte… C’est l’ennemi juré de Tata Avlessi. Il espère bien cette fois ci occuper le fauteuil de Président de la Fédé, après Rock et Tata…

Pour bien comprendre les tenants et les aboutissants de cette lamentable lutte de clans, sur fond de corruption, il faudrait en fait, pensent certains, regarder du côté de la Confédération Africaine de Football. Tata Avlessi est en effet un soutien de l’Ivoirien Jacques Anouma, principal challenger d’Issa Hayatou, l’inamovible président camerounais de la CAF. Les prétendues manœuvres contre Tata Avlessi, pensent de nombreux observateurs à Lomé, seraient dirigées par l’actuel patron du foot africain, qui jouit d’un pouvoir sans partage, à tel point qu’aucun autre candidat ne se présentera contre lui lors du renouvellement des instances de la CAF en 2009.

Vous avez compris ? C’est pas simple le foot togolais, c’est un peu comme la politique de ce pays, ça manque singulièrement de transparence démocratique.

Si tout se passe bien, résultat des urnes le 18 janvier. Mais la semaine dernière, la FIFA a contesté les listes constituées par les candidats, car certains soutiens figuraient sur plusieurs listes à la fois… Le nouveau Président de la FTF aura en tout cas fort à faire. Pour l’instant, les Eperviers sont sans entraîneur. Sans entraîneur, mais avec pas moins de 3 dirigeants prêts à s’entretuer pour s’asseoir sur le pactole de la Présidence de la Fédération.

En 2006, quelques jours avant ce fameux France-Togo, décisif pour la France, et sans enjeu pour les Eperviers, des amis togolais m’avaient expliqué qu’il n’y aurait pas de match. Que le 2-0 nécessaire à la qualification des Bleus était écrit d’avance. On ne parlait que de ça dans les restos de Lomé, aux "Brochettes de la Capitale", au "Fifty-Fifty" ou ailleurs... Ca m’avait fait sourire. Mais récemment, le livre de Declan Hill sur le trucage des matchs du Ghana (voisin du Togo) à la Coupe du Monde m'a à nouveau fait douter... Et si France-Togo avait également été truqué ? Etait-ce possible ? Je ne veux même pas l’imaginer… L’affaire Avlessi, avec ses zones d’ombres, confirme en tous les cas que les petites nations d’Afrique sont une proie facile pour les tricheurs du foot mondial.

PS : sur la photo, je suis aux côtés de Miss Togo, rencontrée à Ouagadougou en décembre 2001 ! J’espère que son élection à elle n’avait été entachée d’aucun soupçon !
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vendredi 5 décembre 2008

6+5 : 27 voix pour, 1 contre, proposition rejetée

Les clubs des petits pays perdent leurs meilleurs nationaux. Et ils n’ont pas accès à un marché international des joueurs totalement dérégulé. Une seule solution s’ils veulent survivre dans le monde du football : en finir avec le libre-échange des joueurs.

Le 6+5 est presque déjà enterré. Les 27 Ministres des Sports de l’Union européenne, qui, le week-end dernier à Biarritz, en ont unanimement recommandé l'adoption, se sont vus opposer une fin de non-recevoir par la Commission européenne. Vladimir Spidla, Commissaire aux Affaires Sociales, leur répond ainsi dans une interview à Libération : l’Arrêt Bosman demeure la règle ; la libre-circulation des travailleurs au sein de l’Union européenne s’applique aussi aux footballeurs ; il est illégal de tenter de limiter le nombre de joueurs étrangers dans les clubs européens. On en reparlera en 2012, conclut sèchement Vladimir Spidla.

Le 6+5 est pourtant salutaire : il s’agirait d’obliger chaque club de foot européen à aligner au moins 6 joueurs nationaux dans son 11 de départ. Car on en est loin : près de 60% des joueurs de Premier League sont étrangers. Et dans les 11 de départ, c'est souvent bien plus. Une évolution inquiétante... A tel point, entend-on Outre-Manche, que l’Angleterre ne serait pas parvenue à se qualifier au dernier Euro car trop peu de joueurs Anglais étaient titulaires dans de grands clubs… Ils manquaient de compétition au haut niveau. Bon… je ne sais pas si l’argument est encore valable, car les dernières performances de l’Angleterre dans les qualifs pour le Mondial sont plutôt bonnes…

Et puis de toutes façons, cet argument n’est pas le bon. Ce qui légitime le 6+5, c’est une question de justice sociale, de redistribution des richesses, de protectionnisme éclairé. Au profit des clubs des championnats européens les moins riches, qui ne sont plus du tout compétitifs au niveau européen. Dans une Europe du football aux mains des financiers, ils se font manger par les clubs anglais, italiens et espagnols, qui squattent sans opposition la Champions League depuis 10 ans. En 1991, l’Etoile Rouge de Belgrade gagnait la C1, plutôt avec la manière. Depuis, à l’exception du Zenith St-Petersbourg, financé par l’oligarchie russe aux méthodes douteuses (cf soupcons sur trucage de matchs), le foot de l’Est a quasiment disparu des coupes d’Europe. Pourquoi ? Principalement parce que les clubs de ces petits pays perdent leurs meilleurs nationaux. Et ils n’ont pas accès à un marché international des joueurs totalement dérégulé. Une seule solution s’ils veulent survivre dans le monde du football : en finir avec le libre-échange des joueurs. La méthode forte, enfermer les joueurs des petits pays dans leurs clubs nationaux, est à proscrire : trop Union soviétique, trop Fidel Castro, trop Brice Hortefeux. La méthode douce, nommée 6+5, est un bon compromis : elle met un bémol aux capacités des grands clubs européens à acheter des joueurs étrangers et elle limite ainsi la taille du marché des mercenaires du foot. Mais la Commission européenne, plus technocratique que jamais, a dit niet, circulez, y a rien à voir.

Il y a bien un projet alternatif proposé par l’UEFA : obliger chaque club européen à inclure dans les 25 joueurs de son groupe pro au moins 8 joueurs formés au club. La définition de « formés au club » ? Avoir été licenciés du club pendant au moins 3 années avant l’âge de 21 ans. La mesure n’est pas bête, et elle serait, paraît-il, conforme au sacro-saint principe de la libre-circulation des travailleurs dans l’UE. Elle a cependant un effet indésirable majeur : elle va généraliser cette nouvelle tendance des clubs anglais à acheter dès leur plus jeune âge des joueurs prometteurs du monde entier. Déjà, des papas sur le qui-vive postent les exploits footballistiques de leurs bambins sur YouTube en espérant un buzz et un futur recrutement dans un grand club européen. Plus concrètement, le jeune Marseillais Jérémy Boga, 12 ans, vient d’être transféré à Chelsea. Soi-disant que son père voulait s’installer à Londres… OK, cette pratique est peut-être conforme aux principes de libre-circulation des travailleurs, mais ne peut-on pas y voir un trafic d’enfants ? Après les mercenaires du foot, bienvenus aux enfants-soldats du foot !
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vendredi 28 novembre 2008

Mauvaise foi : l’OL passe un cap

Atteint, on le sait, de mégalomanie aiguë depuis de longues années, le staff de l’Olympique Lyonnais vient de dépasser les bornes de la mauvaise foi : une dépêche sur le site du club s’en prend à la décision de la Commission de discipline de la Ligue d’infliger 2 matchs fermes de suspension à Juninho après son agression sur Sylvain Armand lors de PSG-Lyon. Les rédacteurs d’OLWeb écrivent ainsi, sans honte : « L'O.L. avait craint le pire pour la fatigue et la récupération de ses joueurs à la lecture du calendrier, mais pas envisagé la suspension infligée ce soir à Juninho : 2 matches ferme pour une expulsion directe sans aucune incidence physique pour son adversaire ! Comment imaginer une telle sanction quand on se rappelle que le capitaine lyonnais n'avait jusque là pris qu'un avertissement en tout début de saison ? Comment comprendre une telle sanction quand on met en parallèle les 4 matches ferme de Stéphane Dalmat, exclu pour avoir cassé la jambe de Miralem Pjanic, indisponible pendant 2 mois, et qui avait auparavant récolté 3 avertissements cette saison ? Juninho a-t-il cassé une demi-jambe de Sylvain Armand ? »

Incroyable, tout simplement incroyable de se croire si puissant qu’on pourrait contester une décision de suspension qui paraît plus que justifiée quand on revoit les images de l’agression. Mais Jean-Michel Aulas et son staff, rois du foot français, peuvent tout se permettre, y compris la mauvaise foi la plus éhontée. L’OL est dans une mauvaise passe. Sa mégalomanie me rappelle celle d’un Tapie, roi du foot français à l’OM dans les années 90. Et on sait comment cela a fini…
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lundi 24 novembre 2008

Sport et Médias : décryptage à Cannes

Les Rencontres de Cannes, rendez-vous régulier de philosophes, de journalistes et d’acteurs politiques organisé par l’association Arte-Filosofia, se sont penché le week-end dernier (21-22-23 nov) sur le sport-spectacle. Le titre du colloque était alléchant : « Sport & Médias : Politique, Argent, Ethique ». Vaste sujet… 7 tables-rondes au menu, dont « La géopolitique du sport, pour le meilleur et pour le pire ? », « L'éthique sportive, l'éthique médiatique, quel contrôle ? » ou encore « Les JO, sont-ils intouchables ? ». La fine fleur des intellos du sport était présente. Les débats d’un assez bon niveau. On sent que le sport-business fait aujourd’hui débat, dans les cercles intellectuels, dans la société en général. Chic.

Par exemple, réflexion de David Abiker, journaliste à France Info et à Arrêt sur Images : « la question, c’est de savoir si c’est finalement notre société qui a créé le sport que nous avons, ou si le sport est devenu tellement puissant qu’il a une influence sur la société ». Bonne question, en effet, car c’est celle qu’AlterSport a posée dans son tout premier post ! ;)

Je vous laisse, car je n’ai pas encore pu voir toutes les tables-rondes de ces rencontres, diffusées en différé sur leur site Web.

PS : petit conseil si vous voulez consulter le site Internet des Rencontres de Cannes, utilisez Internet Explorer, car le site est mal configuré pour Firefox…
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vendredi 21 novembre 2008

Freedom for Lionel, Libérez Messi

Oeil pour œil, dent pour dent. Si Messi est interdit de matchs amicaux avec les Albiceleste, il doit être interdit de matchs amicaux avec le Barça.

Éclipsée par l’arrivée de Diego Maradona à la tête de la sélection argentine, l’absence de Lionel Messi lors du match amical de son équipe nationale en Ecosse est un événement qui se révèlera peut-être important dans les années à venir. Il est vrai qu’El Pibe de Oro, avant sa nomination, s’est montré très critique à l’égard de Messi, peut-être par jalousie : Messi est certainement le meilleur joueur au monde aujourd’hui, un titre auquel aucun footballeur argentin n’a prétendu depuis Diego. Son style de jeu, gaucher dribbleur, rappelle celui de Maradona… L’élève aurait-il dépassé le maître ? Maradona aurait-il donc volontairement écarté Messi de la sélection Albiceleste ? Non, bien au contraire… Maradona, pour évaluer la qualité de son groupe, pour construire une sélection performante, a besoin d’observer comment les autres joueurs évoluent aux côtés de Messi, la pièce centrale de son dispositif. L’absence de Messi face à l’Ecosse est donc un échec pour Maradona, qui a pu juger de la qualité individuelle de chacun de ses joueurs, mais qui a raté l’occasion de construire sa propre équipe autour de Messi, maître à jouer incontestable de la sélection. L’Argentine n’est pas au mieux dans les qualifications pour la Coupe du Monde 2010. Espérons que l’absence de Messi aux matchs amicaux ne l’handicape pas dans sa préparation pour les matchs décisifs qu’elle devra jouer, à partir de mars prochain, pour gagner son ticket pour l’Afrique du Sud.

La vraie raison de l’absence de Messi à Glasgow est donc ailleurs : elle résulte d’un accord passé entre la Fédération argentine de football et le Barça. Il ne s’agit pas d’un accord secret, mais plutôt d’un accord informel. Les faits remontent à cet été. Lionel Messi est alors sélectionné pour rejoindre l’équipe olympique argentine qui s’en va défendre à Pékin son titre gagné quatre ans plus tôt à Athènes. Le Barça ne veut pas laisser partir Messi. Le staff catalan a peur que son joueur ne revienne éreinté pour le début de la Liga, ou pire qu’il ne se blesse avant même le début de la saison. L’argument du Barça est juridique : les Jeux Olympiques ne sont pas une compétition FIFA ; la FIFA n’oblige les clubs à libérer leurs joueurs en sélection nationale que pour les matchs homologués par la FIFA ; le Barça, d’un point de vue juridique, aurait donc le droit de refuser de laisser partir Messi pour les Jeux. Le bras de fer avec la fédération argentine continue. Un accord est finalement trouvé : Messi participera aux JO, mais, durant toute la saison 2008-2009 il n’effectuera aucun match amical pour la sélection argentine. On connaît le résultat : Messi a été le principal artisan de la Médaille d’Or des Argentins. Son choix dans la sélection olympique était tout à fait justifié.

Le Barça justifie l’accord-Messi, qui exempte donc le génie argentin de matchs amicaux en sélection, par la nécessité de le mettre au repos et de réduire le risque qu’il ne se blesse. Plus cynique, le Barça fait dire à la Fédération argentine de football que c’est également dans son intérêt à elle que Messi ne joue pas les matchs amicaux des Albiceleste : « Les négociations ont été faciles. Barcelone et la sélection argentine sont d’accord pour préserver l’intégrité physique du joueur, et ceci est la meilleure solution pour toutes les parties concernées », prétend José Luis Meizsner, secrétaire de la fédération argentine de football. Cet argument, on l’a vu, ne tient pas debout. L’urgence, aujourd’hui, c’est de reconstruire une sélection argentine autour de Messi, en vue de la qualification pour 2010. Sa présence dans les matchs amicaux est donc indispensable. Si l’Argentine, par malheur, ne se qualifie pas pour l’Afrique du Sud, nul doute que du côté de Buenos Aires, on saura identifier le Barça comme l’un des responsables…

L’accord-Messi n’est qu’une bataille de plus dans la lutte acharnée que se livrent la FIFA et les grands clubs sur la libération de leurs joueurs en sélections nationales. Le problème, c’est que l’accord risque de faire jurisprudence… Qui sera le prochain club à faire pression pour que son joueur soit exempté de matchs amicaux en sélection nationale ? Chelsea pour Drogba ? J’en prends le pari.

La FIFA doit intervenir et rappeler, non seulement la règle, mais aussi l’esprit de la règle, à savoir : la participation à des matchs en sélection nationale prime sur la participation à des matchs en clubs. Point à la ligne. Match amical ou match officiel. Sélection olympique, sélection Espoirs, sélection A’ ou sélection A. Si cette règle n’est pas respectée, il faut envisager des représailles : exiger des clubs qu’ils ne sélectionnent pas à leurs propres matchs amicaux ces grands joueurs sur-sollicités que sont Messi, Ronaldo ou Van Nistelroy. Prenons l’exemple des tournées promotionnelles de Manchester United et du Real Madrid en Asie ou à Dubai.. Elles contribuent, plus encore que les matchs amicaux des sélections nationales, à l’épuisement des joueurs. Les tournées promo, que le rapport Besson, commandé par Bernard Laporte, appelle de ses vœux pour les clubs français, doivent être interdites. Elles mettent en cause elles aussi « l’intégrité physique » des joueurs.

Oeil pour œil, dent pour dent. Si Messi est interdit de matchs amicaux avec les Albiceleste, il doit être interdit de matchs amicaux avec le Barça.
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lundi 17 novembre 2008

SMS homophobe : Nicollin coupable, Thiriez complice

Une action politique s’impose : virer immédiatement Laurent Nicollin du CA de la Ligue de Football Professionnel.

« Mais ils sont oùùùù, mais ils sont oùùùù la LFP, la la la la la laaa » ai-je envie de chanter. Car un silence assourdissant règne du côté de Frédéric Thiriez, président de la Ligue de Football Professionnel, depuis la révélation de l’affaire du SMS homophobe.

Rappel des faits : Laurent Nicollin, fils du légendaire Loulou, le patron de la collecte des ordures ménagères, a hérité des rênes du Montpellier Hérault Sport Club et du langage ordurier de son père. A la Paillade, en son temps, Loulou était, aux côtés de Claude Bez et Bernard Tapie, l’incarnation du beauf devenu patron de club, de mauvaise foi permanente et insultant sans cesse les arbitres. Laurent Nicollin, le fils, vient quant à lui de s’illustrer en envoyant à un membre du staff montpelliérain, avant un derby contre Nîmes, un SMS choc qui l’exhortait en ces termes à la victoire : « On va les enculer ces PD de Nîmois ». Manque de pot, le destinataire du SMS s’est fait coffrer quelques jours plus tard pour violences contre les supporters nîmois et le SMS vient d’être rendu public lors de son procès.

Et c’est là que l’affaire devient intéressante. Nicollin-fils présente ses excuses en ces termes : « J’ai commis l’erreur d’utiliser un langage supporter pour convaincre mon interlocuteur (…). J’étais stressé et pressé, mon souci était d’assurer le destinataire d’une volonté de victoire. » Whaouh, belle explication de texte. En clair, Laurent Nicollin présente ses excuses aux Nîmois, mais à aucun moment il n’a une pensée pour les personnes homosexuelles qui auraient pu être choquées par ses propos.

Que fait la police, c’est-à-dire la Ligue ? En l’occurrence, rien. Alerté, entre autres, par le club Paris Foot Gay, l’avocat Frédéric Thiriez, d’habitude si prompt à dénoncer les injustices quand on s’attaque à son pactole, reste muet. Il faut dire que Laurent Nicollin est membre du CA de la LFP…

« Shame, shame, shame », ai-je maintenant envie de crier, à la manière des militants de Act-Up, à l’encontre de Frédéric Thiriez. La Ligue a pourtant signé récemment une Charte contre l'Homophobie dans le Football. L’affaire du SMS de Nicollin était enfin l’occasion d’agir de manière concrète.

Il y a quelques mois, la sortie de Sexus Footballisticus, du journaliste Jérôme Jessel, fut une autre occasion manquée de questionner frontalement l’homophobie de règle, à tous les échelons, dans les clubs amateurs et pros de football.

Ras le bol de manquer des occases toutes faites… A l’heure où Roselyne Bachelot, Ministre de la Santé et des Sports, lance une nouvelle campagne contre l’homophobie, intitulée « le regard des autres », il faut maintenant « scorer » et marquer les esprits. Une action politique s’impose : virer immédiatement Laurent Nicollin du CA de la Ligue de Football Professionnel.

PS : le logo en vignette, c’est celui de la International Gay and Lesbian Football Association, qui organisera sa coupe du Monde en 2009 Washington (voir aussi les Gay Games qui auront lieu en 2010 à Cologne)
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vendredi 14 novembre 2008

Afterfoot, c'est pas moi, mais c'est super quand même

Je viens de découvrir le site Afterfoot. Aucun lien avec AlterSport, même si les noms se ressemblent, je vous le promets. Afterfoot est un site Panini, un catalogue des footballeurs de nos enfances. C'est super bien fait et je recommande particulièrement la rubrique consacrée aux joueurs qui se sont risqués à sortir des disques.

Assez rigolé... quant à moi, Mr AlterSport, je retourne à la lutte armée!
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Rapport Besson : vive le business !

Il faut combler le retard de compétitivité des clubs français, écrit Besson. Et là, le Secrétaire d’Etat à la Prospective n’y va pas par le dos de la cuillère : tous les coups sont permis.

Le secrétariat d’Etat chargé de la prospective, de l’évaluation des politiques publiques et du développement de l’économie numérique (ouf…), c’est ce machin dirigé par Eric Besson, celui qu’on a appelé le « traitre » parce qu’il avait claqué la porte du PS en pleine campagne présidentielle pour rejoindre l’équipe Sarkozy. Et voilà que Besson vient de publier le rapport que lui a commandé Laporte sur la « compétitivité des clubs de football professionnels français ». Vu le personnage (politicien opportuniste, économiste), on ne pouvait pas attendre de Besson qu’il cherche à améliorer l’éthique du foot français. Non, c’est bien de business qu’il s’agit dans ce rapport, de gros sous et quasi uniquement de cela.

J’ai donc lu les 164 pages du rapport, c’est assez instructif. Vraiment, rien à dire sur la qualité technique de ce travail, c’est très pro, très HEC. Mais l’esprit qui l’anime est choquant. Explications.

Le foot français, écrit en substance Besson, est très régulé. La DNCG fait très bien son travail, trop bien presque… Parce que là-bas, chez nos voisins européens et en particulier Outre-Manche, les clubs ont bel et bien les mains libres pour lever des fonds privés, pour s’endetter, pour ne pas payer de taxes sur les salaires des joueurs, bref pour faire du n’importe quoi financier leur permettant d’acheter les meilleurs joueurs du monde… Et ça paie. Le cynisme du capitalisme appliqué au sport pro est ainsi expliqué par des économistes cités dans le rapport : « la régulation a été beaucoup plus légère en Italie, en Angleterre et en Ecosse qu’en France, et les clubs ont eu de ce fait davantage d’opportunités pour faire des erreurs (mais aussi pour rencontrer des succès). C’est peut-être là le paradoxe ultime en ce qui concerne la régulation et le management des ligues sportives. Les ligues les moins régulées ont dépensé plus que les autres en joueurs et ont donc connu plus de succès, comme par exemple les clubs anglais, italiens ou espagnols en Ligue des Champions. ». C’est malheureusement bien vrai. La faute, c’est les autres. Je ne nie pas ce constat. Tant que la Ligue anglaise ne sera pas devenue vertueuse, que la Commission européenne, au nom de « l’arrêt Bosman », continuera à interdire le « 6+5 » (6 joueurs nationaux minimum sur 11 au départ de tout match), et que l’UEFA n’imposera pas un « salary cap » uniforme au niveau européen (plafonnement des salaires de tous les joueurs de foot évoluant en Europe), le foot français restera peu compétitif… Le rapport Besson ne manque pas de rappeler qu’une régulation européenne, voire mondiale, du foot s’impose. Merci pour le rappel, ça ne mange pas de pain.

En attendant, il faut combler le retard de compétitivité des clubs français, écrit Besson. Et là, le Secrétaire d’Etat à la Prospective n’y va pas par le dos de la cuillère : tous les coups sont permis.

1) Premier chantier proposé par le rapport : la construction de stades modernes, propriétés privées des clubs, avec un maximum de loges VIP hors de prix, des billets plus chers pour tous, des boutiques, des hôtels, des feux d’artifice, de la pub partout, (jusqu’au nom même du stade, avec la pratique du « naming » façon Emirates Stadium). Aargh !!! Le sport-spectacle, moi ça me dit moyen, j’ai pas envie de voir des shows sportifs à l’américaine façon NFL.

2) Et on continue. Le rapport Besson souhaite poursuivre sur la voie de la baisse des charges sociales sur les salaires des joueurs, comme il est déjà possible de le faire partiellement via la DIC, récemment remise en question par un sénateur socialiste français. Aargh again !!! Après le bouclier fiscal et les 15 milliards de baisses d’impôts pour les ultra-riches, c’est carrément choquant !

3) Encore et toujours. Le rapport propose de redistribuer différemment les droits télés : moins pour la Ligue 2, moins pour les petits clubs, plus pour les « clubs locomotives » (non, pas le Lokomotiv Sofia, mais plutôt le trio PSG, OL, OM). Donner aux riches, quelle belle idée ! Déjà que la domination de Lyon sur le championnat français a tué tout intérêt à la Ligue 1, mais alors là, donner encore plus d’argent à quelques grands, ce serait clairement de l’iniquité sportive.

4) Renforcer, au sein des clubs, le rôle des « sociétés sportives », véritables entreprises, au détriment des « associations sportives ». Stop, stop, stop, sinon j’adhère au NPA de Besancenot.

5) Le meilleur pour la fin : faire profiter les clubs français de la manne financière générée par l’ouverture des paris en ligne sur le foot ! Eh oui car bientôt, en 2009, on pourra parier sur Internet sur les matchs de Ligue 1 ! Heureuse initiative, bon timing… alors que se multiplient les témoignages de corruption de joueurs, voire d’équipes entières, par des mafias internationales investissant dans les paris sur des matchs de foot en Europe…

On pourrait continuer longtemps. Le catalogue des mesures de dérégulation est impressionnant. Il permettra de « rassurer les investisseurs » et de les encourager à financer des grands clubs français. Bref, il s’agit de faire entrer le foot français définitivement dans le foot business déjà en vigueur chez nos voisins. Quelle alternative y a-t-il me direz vous ? Eh bien… continuer à perdre tout simplement, à jouer les seconds couteaux en Ligue des Champions. Et montrer l’exemple d’une régulation radicale pour pouvoir l’imposer enfin aux Anglais et aux Espagnols. Lire la suite...