mardi 28 avril 2009

Le Six Plus Five, ici et maintenant

Le foot européen, sous le joug de quelques clubs espagnols et anglais en situation oligopolistique, doit être immédiatement soumis au 6+5.

Bon ce 6+5, c'est pour quand? Parce que 3 clubs anglais, pour la troisième année consécutive, dans le dernier carré de la Champions League, ça devient lassant... Et en plus on retrouve les mêmes : Manchester United et Chelsea côté anglais, et le Barça en invité continental... Seule différence cette année : Arsenal prend la place de Liverpool.

Certes, les demi-finales, aujourd'hui et demain, s'annoncent haletantes, à l'image des quarts de finale qui étaient des supers matchs, au niveau technique parfait, à l'intensité et à l'engagement exemplaires, au suspense continu. Mais tout ça pour quoi? Pour le spectacle, rien que pour le spectacle. Un intérêt sportif quasi nul. Le foot c'est un sport qui se joue à 11 contre 11 et à la fin c'est l'Allemagne qui gagne, déclara en substance et en son temps l'avant centre Gary Lineker. Aujourd'hui, c'est un sport qui se joue à une grosse vingtaine par équipe (car le banc est un élément déterminant pour les résultats), et à la fin c'est les clubs anglais qui gagnent. Enfin, pas tous... pas Bolton ou Wigan... Non le Big Four : Arsenal, Man U, Liverpool et Chelsea. Bref, les 4 clubs anglais les plus riches.

La Champions League, malgré la réapparition des matchs à élimination directe dès les huitièmes, devient aussi ennuyeuse que la domination incontestée de l'Olympique Lyonnais en Ligue 1 de 2001 à 2008. Ou que la suprématie de Michaël Schumacher dans les années Ferrari. Intéressant d'ailleurs l'exemple de la F1... Aussi conservateurs soient-ils, les dirigeants de la F1 ont aujourd'hui pris conscience qu'il était urgent de remettre une petite dose de concurrence dans les sports mécaniques. Les nouvelles réglementations permettent maintenant aux différentes écuries de débuter la saison avec des chances un peu moins inégales.

Mais dans le foot européen, la situation ne fait qu'empirer année après année. L'inégalité prime. Pas de «compétition saine et parfaite» entre les clubs, mais des situations d'oligopoles. Quelques grands groupes sportifs dominent le marché et laissent des miettes (la Coupe de l'UEFA) à leurs concurrents. Leur domination leur rapporte de l'argent, via les droits télé, ce qui accroit leur domination. Un cercle vicieux.

Trois mesures sont dans l'air du temps pour agir. AlterSport vous en a déjà parlé (j'adore parler de moi à la troisième personne ;), mais j'ai envie d'en remettre une couche

1) le salary cap. Il s'agirait de plafonner les salaires des joueurs. C'est plus une mesure d'éthique financière que d'éthique sportive, dans notre contexte de crise économique et financière durable. Tout le monde en parle, même VSD qui titrait récemment dessus... Côté rugby, le Top 14 devrait prochainement mettre en place cette mesure. Mais en foot, c'est un peu plus compliqué, car il y a plus d'intérêts et d'acteurs en jeu... Et on peut parier que les clubs anglais ou espagnols seront plus hauts de plafond que les clubs français ou belges. Le salary cap semble être une mesure difficile à mettre en place... Certains pensent même qu'elle est mise en avant par des responsables de clubs afin de noyer le poisson et de maintenir en fait le statu quo... Bref, le salary cap dans le foot, ça vaut le coup d'essayer, mais c'est pas pour demain la veille. Avant cela, il faut frapper vite et fort.

2) le 6+5. Une idée simple, universelle et rapide à mettre en place : obliger chaque club homologué UEFA à aligner 6 joueurs nationaux dans son 11 de départ. Avec une dérive possible cependant : la naturalisation plus ou moins forcée de joueurs. Mais le 6+5 est embourbé, parait-il, du coté de Bruxelles : la Commission européenne reste attachée au sacro-saint principe de libre-circulation des travailleurs au sein de l'UE.

3) le quota de joueurs formés au club. Ca, c'est le projet phare de l'UEFA. Obliger les clubs homologués UEFA à aligner dans leur 11 de départ un certain nombre de joueurs formés au club. Intéressant, mais c'est pas pour autant que le foot belge relèvera la tête... Les grands clubs anglais et espagnols achèteront simplement les jeunes talents en herbe encore plus tôt, histoire de les intégrer vite fait bien fait dans le quota «formés au club». Couplée à une restriction des transferts de joueurs mineurs, cette politique pourrait cependant s'avérer efficace... Mais elle prendra du temps à se mettre en place; de longues périodes longues de transition seront proposées aux clubs pour se mettre en conformité, histoire qu'ils aient le temps de renforcer leurs centres de formation...

Vous l'aurez compris, chers alternautes, c'est le 6+5 qui a mes faveurs pour une application immédiate. Les autres mesures viendront ensuite quand la situation aura été assainie avec le 6+5. Celui-ci permettrait tout de suite de mettre fin à la domination européenne des clubs anglais. Pour ce qui nous concerne, le retour au pays de bons joueurs français, peut-être pas des stars comme Henry ou Ribery, mais certainement de Bakary Sagna, Nicolas Anelka ou Lassana Diarra, revigorerait notre championnat national. La présence d'un plus grand nombre de Bleus en Ligue 1 contribuerait aussi à renforcer la cote de notre sélection nationale auprès du public français, lequel manque singulièrement d'enthousiasme pour les performances de l'Equipe de France.

PS : les effectifs complets de Chelsea et Arsenal, deux des quatre demi finalistes de la Champions League, ne contiennent même pas 6 Anglais! Avec le 6+5, ils ne seraient même pas capable d'aligner une équipe de départ. Le Barca et Manchester United, eux, ont des effectifs nationaux un peu moins réduits...
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mercredi 15 avril 2009

Handball à terre

Corruption, tricheries, folie des grandeurs, le hand est touché à son tour par les dérives du sport-business.

L'image d'un sport peut se déprécier en quelques mois aussi vite qu'un krach boursier! Depuis l'époque des Bargeots, et encore plus depuis la dernière médaille d'or des Bleus aux JO, le hand masculin passait en France pour un sport de mecs sympas, déconneurs et athlétiques. Mais aujourd'hui, le hand a pris la grosse tête. La folie des grandeurs qui s'est emparé de ses dirigeants fait plonger ce sport dans les bas-fonds de la corruption et du sport-business!

La corruption d'abord... Qui aurait cru que le handball, sport encore relativement confidentiel à l'échelle européenne, sauf peut-être en Allemagne, son pays d'origine, serait au coeur de scandales de tricherie et de corruption dignes de l'affaire OM-VA? L'équipe de Kiel, où évolue Nicolas Karabatic, est le principal accusé. Moyennant 40 ou 50 milliers d'euros, une somme rondelette mais encore accessible, les dirigeants du club allemand auraient acheté des arbitres lors de matchs de Ligue des Champions. Mieux encore : voilà que la Croatie accuse la France d'avoir corrompu les arbitres de la finale du dernier Mondial... De son côté, l'un des arbitres du match, de nationalité danoise, assure qu'il a refusé pendant le Mondial les avances de prostituées prépayées par des émissaires croates. Quelle joyeuse ambiance!

Le sport-business ensuite... Là, c'est la Ligue nationale de handball qui fait fort. Associée à des entrepreneurs européens émigrés aux Etats-Unis, elle a eu l'idée stupide d'organiser le Final Four de la Coupe de la Ligue de hand français à Miami, dans l'American Airlines Arena, l'immense salle des Miami Heat! C'est vrai quoi, la Coupe de la Ligue, tout le monde s'en fout en France, alors pourquoi pas la délocaliser dans un pays (les Etats-Unis) où le handball est totalement inconnu? Affrêtement spécial d'un avion, hôtel de luxe, rien n'a été négligé! Au final, c'est Istres qui s'est imposé dans une salle totalement vide. Bravo les minots du un-trois, vous avez mérité une ballade en limousine sur Ocean Drive! Vous inquiétez pas pour la facture, c'est la Ligue qui régale! Comble de l'aveuglement, dans une interview au Parisien, Alain Smadja, président de ladite Ligue, envisage de renouveler l'opération l'année prochaine. Il faut dire que la Ligue se serait engagée à louer l'American Airlines Arena pour 3 années de suite!

Mais pourquoi diable essayer de convertir les Américains à ce sport? Pourquoi attendre avec impatience «le jour où on ne prononcera plus 'handballe ' à l'allemande, mais 'handbol' à l'anglo-saxonne», comme le déclarait le 21 janvier dernier dans le Figaro Thierry Anti, ancien entraîneur du club de Paris? Le hand a pourtant vécu ces dernières années un développement original et équilibré. Au delà de son pré carré européen, il commence à trouver un public et des joueurs passionnés en Afrique du Nord (Tunisie, Egypte), en Asie (Corée) et en Afrique sub-saharienne (Angola)... Alors l'Amérique peut bien attendre... Et si vraiment on veut conquérir les Etats-Unis, faisons le par le biais d'un développement du hand dans les universités US. C'est d'ailleurs comme ça, à l'école, que cette discipline a pris en France. Même si c'est moins vrai aujourd'hui, le hand était, jusqu'aux années 80, le sport collectif par excellence au collège. C'était d'abord un truc de prof d'EPS, un jeu pour les compétitions inter-classes le midi, juste après la cantine! Vouloir promouvoir le handball au travers de matchs exhibitions un peu bling-bling ne correspond pas vraiment à l'image de marque de ce sport! Erreur de marketing!

Bref, on est loin de l'annonce prophétique du Figaro, qui trouvait en janvier dernier que les responsables de la Ligue de handball faisaient «bouger le sport français». Cette manie de vouloir bouger les lignes, de réformer pour réformer, cette soif de croissance et de conquête de marchés, ont tout simplement emmené le handball français dans un fiasco ridicule et coûteux.
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mercredi 1 avril 2009

L'homme, cet «animal sportif»

Salut les intellos du sport, ne manquez pas la série "philosophie du sport" dans l'émission les nouveaux chemins de la connaissance animée par Raphael Enthoven sur France Culture. Raphael Enthoven, c'est le Raphael de la chanson, l'ex de Carla. Son émission quotidienne de philo sur France Cul à 17h est vraiment sympa. A la fois pointue et accessible.Et ca commence fort dans le premier volet par une citation du philosophe Henri Bergson : "l'homme est un animal sportif". Vous ne voyez pas ce que ça veut dire... Moi non plus, mais vous aurez l'explication de texte en podcastant l'émission. 4 autres volets suivront, dont un alléchant "philosophie du surf" vendredi! Lire la suite...

lundi 30 mars 2009

ADAMS, le grand frère d'EDVIGE?

La fronde des sportifs contre le système de géolocalisation et d'enregistrement de données médicales est exagérée.

C'est la phrase de ce mois de mars, parue dans So Foot, et elle est bien sûr signée Bernard Laporte, le gaffeur en série : «Je ne peux l’affirmer avec une certitude absolue, mais je suis convaincu qu’il n’y a pas de dopage dans le football». Quelques jours après cette pensée fulgurante, l'Agence Française de Lutte contre le Dopage révélait que la DHEA fait des ravages en Ligue 1 : 7 joueurs pro du championnat français, sur 32 ayant subi un prélévement, ont présenté un historique de DHEA dans leurs cheveux!

Cela n'empêche pas Sepp Blatter, le patron de la FIFA, et Michel Platini, celui de l'UEFA, de s'en prendre à leur tour, après Rafael Nadal ou Michael Ballack, au fameux logiciel ADAMS. Mis en place par l'Agence Mondiale Antidopage (AMA), ce système de localisation des athlètes et de suivi de leur dossier médical fournit les informations de base de leur «passeport biologique». On imagine l'angoisse de Platini et Blatter. Le foot n'a jamais vraiment connu de contrôles anti-dopage... On sait par exemple que Zidane, après son coup de boule légendaire, a été exempté de pipi dans le flacon, alors que le règlement de la Coupe du Monde stipule que tout joueur expulsé devrait être soumis à un contrôle anti-dopage! La FIFA est donc pour le moins laxiste... Alors passer directement au passeport biologique constituerait pour le monde du ballon rond un saut technologique qui risque d'y faire pas mal de dégats!

ADAMS fait peur... Fait-il peur parce qu'il risque enfin de frapper un grand coup contre le cancer du dopage? Ou fait-il peur parce qu'il constitue en effet une atteinte aux libertés publiques, dans la lignée du fichier EDVIGE? Pour y répondre, passons en revue trois critères : la localisation, l'accès aux données et la nature des données.

Localisation
C'est la principale critique des détracteurs d'ADAMS : l'obligation pour chaque athlète de donner sa localisation quotidienne serait une gigantesque contrainte et une atteinte à la liberté de se déplacer, un peu comme un bracelet électronique. Une contrainte, car ce n'est pas toujours facile de savoir où on sera la semaine prochaine ou même demain. Même si les troisième mi-temps ne sont plus ce qu'elles étaient, il est difficile pour un rugbyman de dire à l'avance dans quel endroit (et dans quel état) il se trouvera un lendemain de match! Et puis on peut comprendre que tel ou tel champion people flippe à l'idée de transmettre à ADAMS, via Internet, sa localisation de l'été prochain... une fuite et hop, les paparazzi seront là pour l'accueillir! Et pour le golfeur (ou la judoka) qui trompe sa femme (ou son mari) et passe tous ses jeudis chez sa maitresse (ou son amant) et non pas au practice (ou sur le tatami), ADAMS est une catastrophe conjugale! Alors, Atteinte aux libertés? Peut-être... Mais comme le dit Tia Hellebaut, championne olympique de saut en hauteur (citée dans Libération) : «Au même titre qu’un employé est censé être à son bureau pendant certaines heures, je considère que cette disposition fait partie de mon boulot». Il s'agit simplement de pointer, en quelque sorte. Et juste une heure par jour. Les 23 autres heures, les sportifs sont libres de se déplacer comme bon leur semble. Bref, un prix à payer assez modeste qui permet d'effectuer les fameux contrôles inopinés hors compétition, seuls garants d'un suivi objectif des paramètres biologiques de l'athlète.

Accès aux données
Les données publiées sur ADAMS, via Internet, sont essentiellement des auto-déclarations: déclaration par les athlètes de leur emploi du temps, déclaration par leurs médecins des traitements administrés, publication par les membres de l'AMA des examens médicaux pratiqués en et hors compétition. Ici, l'athlète a en permanence accès à son dossier ADAMS. Rien à voir ici avec EDVIGE, où des données pouvaient être collectées sur les citoyens à leur insu! Bien entendu, l'AMA insiste sur le fait que ces informations ne seront partagées que par un nombre restreint de personnes autorisées : les athlètes et leur staff, les responsables des fédérations sportives, les agents de l'AMA... Espérons simplement que l'accès sera suffisamment sécurisé pour dissuader des hackers de le pirater...

Nature des données
Les seules données confidentielles qu'ADAMS collecte sont d'ordre médical. Mais les détracteurs de la lutte anti-dopage continuent à s'abriter derrière la sacro-sainte défense du secret médical... ADAMS, selon eux, laisserait la possibilité de divulguer des informations médicales confidentielles : telle patineuse artistique a subi une IVG l'année dernière, c'est intéressant... et tel basketteur est sous anti-dépresseur depuis 3 mois, la presse people va raffoler de cette information! Mais là encore on peut espérer de l'AMA qu'elle blinde le coffre-fort de ces informations. La crédibilité du projet ADAMS, et son acceptation par les sportifs, passeront par la protection du secret médical. Un secret médical partagé par un plus grand nombre, certes, mais un secret médical qui demeure un secret... Alors qu'EDVIGE entendait synthétiser l'ensemble des données confidentielles concernant un suspect, jusqu'à son orientation sexuelle présumée et ses engagements politiques, ADAMS, lui, s'en tient à l'essentiel : des données médicales objectives et sécurisées.

Alors non, ADAMS n'est pas le grand frère (ou big brother) d'EDVIGE. La fonction de géolocalisation des athlètes est certes très avancée, mais on ne va tout de même pas appeler Amnesty International en urgence pour cela, non? En fait, le principal défaut d'ADAMS, c'est son manque d'ambition : le système ne s'applique qu'aux stars du sport mondial. En Ligue 1, seuls les capitaines des clubs y seront soumis. La grande masse des sportifs de haut niveau, les espoirs, les seconds couteaux, échapperont à ADAMS, faute de moyens.

ADAMS, en définitive, c'est une nouvelle forme de reconnaissance sportive : seule l'élite y a accès. Si j'étais sportif de haut niveau et qu'ADAMS ne s'intéressait pas à moi, je serais triste, comme si j'avais échoué au pied d'un podium. Alors Nadal et Ballack, au lieu de râler, vous pourriez être fiers qu'ADAMS soit votre nouvel ami!

PS : pour tout savoir sur le dopage, je vous conseille l'excellent site dopage.com

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dimanche 22 mars 2009

Back in the game, contre la pensée unique

Bon il est vrai que je me suis un peu absenté de la blogosphère ces dernières semaines... C'est la faute au beau temps... Je passe plus de temps à trainer dehors, à faire du sport, qu'à le commenter... Et en plus, j'ai accès à toutes les chaines du groupe Canal Plus depuis quelques jours, alors je reste un peu scotché devant la télé quand je suis à la maison...

Et justement, l'autre jeudi j'ai regardé les spécialistes europe sur Canal+Sport. C'est une espèce de On refait le match entre techniciens du foot. Le débat portait sur la compétitivité des clubs de foot français. Avec 6 invités de marque : Eric Besson (Ministre de l'Immigration et auteur d'un rapport sur le sujet sus-cité, étrange double casquette), Philippe Séguin (Président de la Cour des Comptes et auteur d'un rapport sur la modernisation des stades de foot en France, étrange double casquette), Didier Deschamps (entraineur SDF), Pape Diouf (Président délégué de l'OM, autodésigné Barack Obama du foot français, sic), Jean-Michel Aulas (Président de l'OL, incontournable Calimero), et Gérard Houiller (placardisé au poste de Directeur technique national).

Autant dire que le débat était couru d'avance : "le foot français n'est pas compétitif parce qu'il manque d'argent, parce qu'il est victime d'une fiscalité étouffante, parce qu'il ne permet pas la construction de stades privés avec des fonds publics, parce qu'on donne trop à la Ligue 2 et pas assez aux clubs d'élite, blah blah blah". Ils s'en sont tous donnés à coeur joie. Sans la moindre once de débat contradictoire. Aucune mention du plafonnement des salaires des joueurs, rien sur le 6+5, le transfert des joueurs mineurs ou l'équité sportive (corrigez moi si j'ai faux ici, j'ai loupé le tout début de l'émission...). Rien non plus sur le fait que les vraies victimes du foot business européen, ce ne sont pas les clubs français, mais les clubs d'Europe du Nord et d'Europe centrale.

Seul Gérard Houiller a eu l'audace de remarquer que c'est d'abord sur le plan mental (la culture de la gagne) et sur le plan tactique (la culture de l'attaque) que les clubs français ont à travailler pour être au niveau de leurs homologues anglais ou espagnols. Mais comme il n'a aucune autorité, personne n'a vraiment relevé...

Encore un bel exemple du manque de professionnalisme des journalistes de Canal Plus, qui se sont livrés là à un véritable exercice de propagande. Prêchant pour leur paroisse du sport-spectacle, ils n'ont pas daigné invité un acteur du football donnant un son de cloche un tout petit peu dissonant!

Bref, ça m'a bien énervé, cette pensée unique. Alors me revoilà, plus saignant que jamais (cette fameuse culture de la gagne). Attention les gars (et les filles), AlterSport is back in the game.

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jeudi 26 février 2009

CHAN, une CAN au rabais?

Cette nouvelle compétition est un aveu d'impuissance : les stars africaines du foot retournent de moins en moins souvent au pays montrer leur talent.

Vous avez admiré avant-hier les dribbles de Kader Keita lors d'OL-Barça? Et vous avez vu hier le but de Didier Drogba pendant Chelsea-Juventus? Les fans Ivoiriens eux aussi vibrent toutes les semaines, devant leur télé, aux exploits de leurs meilleurs joueurs nationaux expatriés en Europe... Mais ils n'ont que très rarement l'occasion de les voir en vrai sur un stade... Les stars africaines du football retournent de moins en moins souvent au pays natal montrer leur talent.

On le sait, le foot africain, par manque de rentabilité, est le parent pauvre de la FIFA. Les fédérations africaines de football n'ont même plus les moyens de convoquer leurs joueurs nationaux au pays pour des matchs de préparation... Depuis plusieurs années, les matchs amicaux des équipes nationales africaines ont lieu en Europe! Comprenez le bien : les clubs européens qui possèdent des stars africaines n'ont pas envie de les voir partir plusieurs jours pour un long périple en avion et de les voir courir sur des pelouses de qualité très moyenne où le risque de blessures est accru.

Ce mouvement de délocalisation des matchs amicaux des équipes nationales n'est pas propre aux sélections africaines : les équipes d'Amérique latine, de plus en plus elles aussi, jouent leurs matchs amicaux en Europe... Mais dans leur cas, c'est plus subtil : il s'agit d'affronter des équipes nationales européennes à l'extérieur (France – Equateur et plus récemment France – Argentine au Stade de France).. Dans le cas de l'Afrique, la délocalisation des matchs amicaux en Europe est totale : même les matchs amicaux entre sélections nationales africaines ont lieu en Europe. Par exemple, c'est au stade Robert-Bobin de Bondoufle (91) que le Cameroun a battu la Guinée le 11 février dernier, en match préparatoire des prochains éliminatoires CAN-Coupe du Monde. Eto'o à Bondoufle, ça valait le déplacement!

Alors pour lutter contre la raréfaction des matchs internationaux sur le continent africain, la Confédération Africaine de Football (CAF) a eu l'idée de créer une nouvelle compétition : le CHAN, le Championnat d'Afrique des Nations. Son originalité : faire s'affronter des équipes nationales composées exclusivement de joueurs évoluant dans un club de leur pays! Aucun expat', que des locaux! Des équipes B en quelque sorte, composées de joueurs restés au pays. La première édition de le CHAN a lieu actuellement en Côte d'Ivoire. Issa Hayatou, le Président de la CAF, et le Président Gbagbo, l'hôte du championnat, répètent que cette nouvelle compétition présente la vivacité du football d'Afrique tel qu'il est pratiqué toutes les semaines sur les stades du continent. L'idée est intéressante. Il est vrai qu'avec l'expatriation de plus en plus précoce des stars africaines de football, le foot africain, comme le foot yougoslave ou le foot sud-américain, a tendance à perdre sa spécificité, sa «culture»... Le style de jeu, à l'échelle mondiale, est de plus en plus uniformisé. Une compétition comme le CHAN pourrait permettre de revitaliser un football africain «endogène» et de valoriser un style de jeu local éloigné des consignes standardisées des grands clubs européens...

Mais ne rêvons pas, le CHAN ne passionne pas grand monde... L'engouement des Ivoiriens est assez limité... Seuls 5000 spectateurs ont assisté à Bouaké aux matchs Ghana–Zimbabwe et RDC-Lybie. Et le mauvais résultat des Eléphants en match d'ouverture (défaite 3-0 face à la Zambie) n'arrange pas les choses...

Alors ce CHAN a-t-il un avenir? Espérons le, mais ce n'est pas sûr... Cette compétition, aussi louable soit elle, est d'abord un aveu d'impuissance : pâle succédané de la CAN, le CHAN confirme un peu plus que la migration des stars africaines du football est un phénomène durable.
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mercredi 18 février 2009

Lagardère : main basse sur le sport français

En bon industriel, Arnaud Lagardère cherche le contrôle de l'ensemble de la filière : athlètes, clubs, compétitions, paris, droits télé, médias sportifs, rien ne lui échappe.

C'est bon d'avoir un ennemi... Un qu'on déteste, un dont on souhaite ardemment la chute... Mon Alter-Ennemi, c'est Arnaud Lagardère. Son Groupe vient d'annoncer ses résultats 2008 : chiffre d'affaires en hausse de 3,1%, c'est pas la crise pour tout le monde... Mais l'activité de la filiale Lagardère Sports, d'une valeur de 444 millions d'euros, a baissé quant à elle de 5,2%... Le début de la fin d'un empire sportico-médiatique?

Arnaud Lagardère incarne aujourd'hui en France la collusion de la politique, du business et des médias. Marchand d'armes avec EADS, patron de presse avec Hachette, l'ami du Président s'efforce également de développer un empire du sport-spectacle. Alors comme on ne combat jamais aussi bien son ennemi qu'en le connaissant dans ses moindres détails, je vous propose une présentation détaillée de Lagardère Sports...

D'abord, le very famous Team Lagardère : bon... dans le monde du tennis, la Star Ac' de Lagardère Sports ne fait plus vraiment peur à personne... La crise de confiance de Richard Gasquet semble avoir contaminé l'ensemble du Team, même si la gentille Alizée Cornet s'impose peu à peu comme la numéro 1 tricolore... Chez les hommes, Tsonga et Gilles Simon, les deux locomotives françaises du moment, roulent pour la Fédération Française de Tennis (FFT), pas pour Lagardère... Je n'ai pas une passion particulière pour la FFT, un repaire de vieux requins soupçonnés de manigances diverses, mais dans la lutte d'influence que se livrent le Team Lagardère et la Fédé, je soutiens la Fédé sans hésiter. Si vous allez à Roland-Garros cette année, applaudissez donc des deux mains Simon, Montfils et Tsonga et sifflez discrètement Cornet, Gasquet et Llodra. (Je sais, je ne fais pas dans la dentelle sur ce coup là...).

Autre gros poisson dans l'escarcelle de Lagardère : le Racing. Soumis à un lobbying intense, Bertrand Delanoé a laissé l'industriel s'accaparer le vieux club aristo de la capitale et son country-club de prestige, le Pré Catelan. Résultat, Lagardère possède maintenant une belle écurie d'escrimeurs, de judokas, d'athlètes, de pentathlètes... Pleins de sportifs propres sur eux et à fort potentiel olympique! Modernisation des installations sportives, recrutement des meilleurs entraineurs, les sportifs du Lagardère-Racing sont traités comme des coqs en pâte. Ils ont même accès à une formation universitaire sur mesure à Sciences Po pour préparer leur reconversion!

Très bien, très bien, me direz-vous... Que peut-on donc reprocher à ce mécène de Lagardère? Eh bien, de mélanger les genres... Car l'investissement de Lagardère dans le sport est avant tout financier... De nombreuses sociétés sportives à but lucratif sont en effet rattachées au Groupe. Jugez sur pièces :
- Sportfive - Cette société chargée de faire de la surenchère sur les droits de retransmission des compétitions sportives est l'un des piliers de la bulle spéculative du sport pro! Félicitations!
- Sport4Fun - Ce charmant site de pronostics gratuits sur le sport n'attend qu'une chose : l'autorisation des paris sportifs sur Internet, qui sera donnée par Bernard Laporte dans quelques mois... En attendant, Sport4Fun se constitue un fichier de futurs parieurs...
- Sport.fr, Football.fr - Ces sites d'infos sur le sport sont plutôt bien faits mais rassurez-vous, ils ne mènent pas d'enquêtes, ils ne font que mettre en scène les exploits des sportifs français... On est ici dans l'hagiographie sportive, pas du tout dans le journalisme sportif... Utile le cas échéant pour faire remonter la cote des sportifs maison...
- Le Tour d'Allemagne de cyclisme, l'Open de Suède de tennis – Le Groupe Lagardère fait ici double emploi : il organise ces compétitions importantes et il y fait participer les sportifs qui sont licenciés dans ses clubs! Comme si le PSG était l'organisateur de la Coupe de France! J'ai bien peur que ce genre de conflit d'intérêts évident ne choque plus personne...

On pourrait continuer longtemps la liste des bonnes oeuvres de l'Empire Lagardère qui bouleversent de près ou de loin le paysage sportif français. Que faut-il en retenir? Qu'Arnaud Lagardère contribue largement à la privatisation du sport. En bon industriel, il fait main basse sur l'ensemble de la filière : athlètes, clubs, compétitions, paris, droits télé, médias sportifs, rien ne lui échappe.

Lagardère-père (Jean-Luc), patron émérite des années 80, avait été fort peu chanceux avec le sport : son Matra-Racing avait fait long feu. Souhaitons à Arnaud, sur ce coup là, de marcher sur les traces de son père!

PostScriptum : jeudi 19 février 10h : en relisant ce matin mon article sur Lagardère, je le trouve par moments un peu de mauvaise foi... Quoi? Ce mal caractéristique du sport pro m'aurait-il déjà atteint? Aaaaargh!
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dimanche 15 février 2009

L'AlterFlyer


Le voilà le flyer AlterSport... A enregistrer, imprimer et diffuser dans les Fédés, dans les CREPS, à l'Equipe, à Clairefontaine, au siège du CIO, sur les terrains de pétanque, à la piscine, à Old Trafford, au Maracana, à Twickenham, chez So Foot, à Lillehammer, chez Lagardère, à Saint-Andrews, au secrétariat de la Jeunesse et des Sports, à la FIFA, au Marathon de New York, à Athènes, à Stade 2, où sais-je encore! Lire la suite...

lundi 9 février 2009

Circuit F1 en Ile-de-France : le combat continue

Ah, une petite victoire, ça fait du bien... Les députés viennent d'annuler un amendement sénatorial particulièrement scandaleux... Car avec son catalogue à la Prévert de 1000 mesures pour la relance, Fillon pourrait nous faire avaler n'importe quoi... comme par exemple la construction express d'un circuit F1 en région parisienne.

On a en déjà parlé à plusieurs reprises dans ces colonnes : Bernie Ecclestone, Arnaud Lagardère et Alain Prost complotent entre amis pour mettre Magny-Cours sur la touche et avoir les coudées franches pour faire construire un circuit
F1 tout beau tout neuf en Ile-de-France, une mesure totalement Grenello-incompatible, mais peu importe! Fillon a un petit faible pour les Yvelines, dirigés par son ami UMP Pierre Bédier, et le projet situé à Flins (78) a donc toutes les faveurs du gouvernement.

Alors le Premier Ministre a chargé un sénateur UMP des Bouches du Rhône, en plein débat sur le plan de relance, de voter, tard le 23 janvier, l'amendement n°85 suivant: "Aux fins de l'exploitation d'un circuit automobile homologué pour la formule 1, il peut être passé une convention d'occupation temporaire du domaine public comportant des obligations de service public fixées par la personne publique". En clair, un amendement qui permet d'accélérer les procédures de construction d'un nouveau circuit F1... un amendement, comme le révèle L'Express.fr, taillé sur mesure pour Flins, en concurrence, sur ce dossier avec Sarcelles et Magny-Cours...

Heureusement, des députés de la Commission paritaire mixte de l'Assemblée Nationale ont senti l'entourloupe et ont rejeté l'amendement. Il faut dire que la fronde des riverains du tracé, menée aux sons de "La Formule 1, ça sert à rien", est plutôt efficace. "Flins sans F1" vient donc de gagner une première bataille... mais pas la guerre... rien n'est encore joué...


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jeudi 5 février 2009

Plafonnement des salaires, yes oui cannes

Les subventions octroyées par les collectivités locales aux clubs de foot doivent être conditionnées à la mise en place d'un salary cap.

Il est trop fort cet Obama, hop, il profite de son "état de grâce" pour plafonner à 500 K$ annuels le salaire des chefs d'entreprises bénéficiaires du plan anti-crise... Et tout cela en deux temps trois mouvements, bien joué Barack.

Alors, quand allons-nous enfin plafonner les revenus des sportifs professionnels? Reprenons l'argument d'Obama : l'argent du contribuable américain ne doit pas servir à engrosser des dirigeants d'entreprise déjà multi-millionnaires. Cet argument est tout aussi valable dans le sport pro, et dans le foot français en particulier. Les clubs bénéficient de mannes d'argent public, notamment pour la formation de leurs joueurs et pour l'aménagement de leurs stades. Par exemple, la ville de Paris donne chaque année plus de 2 millions d'euros au PSG... Ce n'est pas rien! Alors en ces temps de vaches maigres, il serait immoral de ne rien faire contre l'indécente inflation salariale dans des clubs en partie financés par l'argent public.

Outre-Manche, les footballeurs professionnels dépassent largement le plafond obamesque : la moyenne des revenus, en Premier League, est de 150.000 € par mois! En France, parent pauvre du foot européen, un joueur de Ligue 1 gagne en moyenne "seulement" 47.000 € par mois. Quelle misère! L'UNFP, le syndicat des joueurs français, a beau crier famine, les Français ne s'y trompent pas : 78% d'entre eux, dans un sondage publié par Le Parisien la semaine dernière, estiment que les joueurs de Ligue 1 sont trop payés.

Alors, quelle riposte prépare notre gouvernement? Un plafonnement des salaires de Ligue 1, un salary cap à la française? Eh bien, on sent Laporte et Fillon un peu gênés aux entournures. Parce qu'ils se sont précisément battus, ces dernières années, pour alléger les charges sociales pesant sur les salaires des footballeurs français. En introduction du rapport Besson sur la compétitivité du foot français, en fin d'année dernière, le Premier Ministre écrivait ainsi : "Le coût global des rémunérations des meilleurs joueurs est supérieur en France à celui de l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne, du fait de notre structure de prélèvements obligatoires. Grâce au dispositif du Droit à l’Image Collective (DIC), que nous vous recommandons de pérenniser, et aux récentes évolutions de la législation fiscale sur les revenus et sur le patrimoine, cet écart défavorable s’est réduit pour se limiter à environ 15 % pour une rémunération "moyenne" comparée aux systèmes sociaux et fiscaux de nos principaux concurrents". Manque de pot, un rapport de la Cour des Comptes, cette semaine, compare le DIC à une "niche fiscale" qui a "donné des résultats peu probants". En clair, le DIC est une mesure inéquitable et inefficace!

Toujours Fillon dans le texte : "Si vous le décidiez, une étude qui porterait sur le coût et l’opportunité d’un étalement du paiement de l’impôt sur le revenu tenant compte de la brièveté de la carrière des footballeurs professionnels pourrait cependant être conduite". Ben voyons, un nouvel aménagement fiscal pour les stars du foot, il ne manquerait plus que cela!

Certes, notre gouvernement, du bout des lèvres, se dit partisan d'un salary cap qui plafonnerait le ratio "masse salariale/chiffre d'affaires" des clubs, comme c'est le cas aujourd'hui en rugby dans le Top 14... Mais pour ce qui concerne le foot, affirme le rapport Besson, cette solution ne pourrait être qu'européenne... Et si l'UEFA a bien un projet dans ses cartons, la Commission européenne freine des quatre fers! Bref, le salary cap européen, c'est pas demain la veille.

Alors, faisons franco-français, simplement et sans atermoiements. Et puisque l'Etat ne fera rien, peut-être que les mairies et les régions, importants bailleurs de fonds des clubs de foot pro, auront le courage d'exiger des comptes. Les subventions octroyées par les collectivités locales aux clubs de foot devraient être gelées jusqu'à la mise en place d'un plafonnement des revenus des joueurs de Ligue 1. Soyons obamesques, directs, efficaces. Yes oui cannes.

PS : Le site web de référence sur le foot et les finances, c'est un site portugais très bien fait, Fuetbol Finance. Ils ont publié aujourd'hui leur nouvelle liste des joueurs les mieux payés. En tête à égalité : Kaka et Ibrahimovich, avec un revenu annuel de 9 millions d'euros ; premier Français : Thierry Henry, avec 7,5 millions ; joueur de Ligue 1 le mieux payé : Karim Benzema 4,5 millions.
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vendredi 30 janvier 2009

Pelvoux, le village olympique qui résiste à l'envahisseur?

La candidature du village alpin, avec son low profile low cost, représente une occasion unique, pour la France, de proposer une nouvelle valeur olympique : la sobriété.

Le 21 janvier dernier, 4 villes françaises, candidates à la candidature pour les Jeux d'Hiver de 2018, ont passé leur grand oral devant le Comité Olympique français. La ville sélectionnée devra ensuite défendre les couleurs tricolores devant le CIO pour une sélection finale en 2011.

4 villes françaises donc, ou plutôt 3 villes et un village... Avec les mêmes mots-clé dans les 4 dossiers de candidature : "compaticité" (sic - les sites des épreuves sont proches les uns des autres), "accessibilité" (aux spectateurs et aux athlètes handicapés), "famille de l'olympisme" (la nomenklatura du CIO) et "développement durable" (des Jeux soi-disant propres)... A ce niveau de la présélection, tout est affaire de subtile communication. Essayons tout de même de décrypter...

Annecy, c'est la candidature d'une ville bourgeoise sûre d'elle. Ses principaux points forts sont le Lac éponyme et le Mont-Blanc pas trop loin et mis à toutes les sauces... et Annecy peut profiter du forfait de la candidature 2018 de sa voisine suisse, Genève. Dernier atout : la musique de leur clip, c'est les Stone Roses, ça rappelle des souvenirs... Bref, une candidature classique, un peu chiante, mais qui part favorite...

Grenoble
, c'est la candidature du non-sens écologique, puisqu'il s'agit de reconstruire une nouvelle fois des infrastructures sportives flambant neuves, celles des Jeux de 68 étant tombées en friche. Les écologistes locaux ont bien résumé leurs inquiétudes dans le logo ci-dessous...
Nice, c'est la candidature bling-bling, sur le modèle de Sotchi 2014. La capitale azuréenne, comme sa consoeur de la Mer Noire, est une station balnéaire, pas une station de ski! Premier hic pour Nice et son maire, Christian Estrosi : le Canard Enchainé a révélé que le webmaster de la municipalité avait abusé de Photoshop ; en page d'accueil du site web de la ville, il avait posté une photo panoramique de la baie des Anges avec un fond de cimes enneigées. Cimes en réalité invisibles à l'oeil nu, car inexistantes...

Et il y a Pelvoux. Oui, Pelvoux-Les Ecrins, dans les Hautes-Alpes. Vous ne connaissez pas ce village de 400 habitants? Moi non plus, enfin... jusqu'à récemment... Leur candidature, dénommée avec humour "et si on faisait les Jeux d'Hiver à la montagne?", n'est pas une blague. C'est la candidature des "Alpes du Sud", en opposition à Chamonix et Grenoble, déjà hôtes de Jeux par le passé... Alors Pelvoux joue à fond la carte de la fameuse"au-then-ti-ci-té" et, surtout, celle plus originale du "profil bas". La cérémonie d'ouverture aura lieu au bord d'un lac, sans construction de stade... Sympa le côté barbecue au bord du lac. Pelvoux, one point! Et plutôt que de bâtir toujours et encore des nouvelles infrastructures, on utilisera de préférence celles qui existent déjà dans la région, y compris les tremplins et la piste de bobsleigh de Turin 2006 (laquelle, soit dit en passant, n'a été utilisée que 2 fois depuis 2006...). Le recyclage transfrontalier, pas mal! Pelvoux, two points!

Il est intéressant de voir comment les médias traitent la candidature pelvousienne. Regardez donc le reportage du JT de 13h de TF1...


Et le petit sourire en coin de Jean-Pierre Pernaut à la fin du reportage, du genre "ils sont gentils et rigolos, mais un peu ridicules ces gars de Pelvoux"... Quoi!? Même Pernaut ne prend pas au sérieux cette candidature? Lui qui défend d'ordinaire les terroirs! Faudrait-il y voir une volonté implicite de décrédibiliser le dossier de Pelvoux, au profit de celui de Nice, dont le Maire (Estrosi) est un ami intime de Pernaut?

Alors Pelvoux peut-elle vraiment gagner? Ses chances sont minces, mais le contexte économique morose plaide en faveur de sa candidature frugale... Les Jeux Olympiques finissent déjà en temps normal en gouffre financier, alors en période de crise économique, n'en parlons pas! 4 ans avant l'événement, Londres 2012 est déjà dans le rouge, d'autant plus que, de toute évidence, Tony Blair, Sebastian Coe and co, ces filous, avaient (volontairement?) sous-estimé le budget qu'ils avaient présenté au CIO...

Autre élément favorable à Pelvoux : le Comité Olympique français est en pleine crise identitaire... Henri Sérandour, son président, est remonté à bloc depuis que Bernard Laporte a proposé de limiter à 2 le nombre de mandats électifs à la tête des fédérations sportives françaises. Sérandour en est à son 4ème mandat et il s'est senti légèrement visé par la critique! Dans ce contexte, la candidature atypique de Pelvoux, qui ne bénéficie d'aucun soutien de politiciens d'envergure, pourrait séduire un Comité Olympique qui souhaite marquer son indépendance du monde politique...

Soyons honnêtes, il y a tout de même un petit truc énervant dans la candidature de Pelvoux : ils nous rabâchent les oreilles avec un sondage réalisé par l'IFOP selon lequel "81% des Français" seraient favorables à ce que la candidature française aux JO d'hiver soit portée par "un village de montagne plutôt que par une ville"... sauf que le dit-sondage a été conduit non pas dans toute la France mais seulement dans la deuxième circonscription des Hautes-Alpes... Bravo Pelvoux, bel exercice de mauvaise foi, joli coup bas... Et des coups bas, c'est connu, il en faut pour gagner l'organisation des JO...

Si j'étais membre du Comité Olympique français, je voterais tout de même Pelvoux à main levée. Bien sûr leur candidature est un immense coup de pub... mais je me suis laissé séduire... Après des années de mégalomanie et de gigantisme au CIO, des années d'affairisme et de corruption pour l'octroi des Jeux, Pelvoux et son low profile low cost représentent une occasion unique, pour la France, de proposer une nouvelle valeur olympique : la sobriété. Lire la suite...

mercredi 28 janvier 2009

Belem 2009 : beaucoup d'altermondialisme, un peu de sport

C'est hier à Belem au Brésil, que s'est ouvert le Forum Social Mondial, le pèlerinage annuel altermondialiste... Et je suis content de vous annoncer que quelques événements sportifs sont programmés cette année.

C'est une ONG intéressante, l'International Platform on Sport and Development, qui va sensibiliser un peu les altermondialistes à la question sportive. Il y a du boulot, car le sport suscite souvent chez les gauchistes davantage de dédain que d'intérêt. Course pour les droits et la solidarité, atelier sur la non-discrimination dans le sport... le programme est léger mais assez alléchant!

Des activités sportives « auto-gérées » et « non-structurées » sont également programmées par une ONG italienne, l'Unione Italiana Sport Per Tutti... De quoi s'agit-il? De développer le «sport pour tous»... Vaste programme... Concrètement, à Belem, il s'agira de mélanger les équipes, de faire découvrir des sports alternatifs et minoritaires, de jouer pour le plaisir et pas vraiment pour gagner...

L'idée de mélanger les équipes sur un mode aléatoire est originale... Et si on l'appliquait à l'UEFA? Si on tirait au sort, en début d'année, les transferts de joueurs? Combinée au 6+5, cette mesure permettrait certainement de remettre un peu d'équité sportive dans les compétitions européennes. Messi aux Young Boys de Berne et Drogba à Tampere United, ça pourrait être rigolo, non? Allez, le Forum Social Mondial dure à peine une semaine... Une semaine de délire utopique par an, on a le droit, non?
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jeudi 22 janvier 2009

Le télé-arbitrage contre les trucages des matchs ?

Cette semaine s'ouvre le procès de Luciano Moggi, l'ancien directeur général de la Juve accusé d'avoir corrompu des arbitres du Calcio pendant des années. L'occasion de réfléchir aux moyens de réduire les risques de trucages de matchs... Jean-Marc Guillou, à ce sujet, fait une proposition étonnante : l'ancien joueur pro, réputé pour ses académies éponymes en Afrique, recommande que l'arbitre du centre soit remplacé par un télé-arbitre désigné cinq minutes avant le match! Dans ces conditions, cet arbitre serait bien difficile à corrompre. Le télé-arbitre disposerait de plusieurs écrans vidéos et arbitrerait le match à distance sur la base des images diffusées. Et ses assistants, sur le terrain, ne feraient que transmettre ses décisions aux joueurs. Drôle de dispositif, non? Très high-tech, très cyber-virtuel, pas idiot, même si le spirit of the game pourrait être altéré par de multiples arrêts de jeu... Mais bon, why not? Peut-être devrait-on demander à Luciano Moggi ce qu'il en pense... Lire la suite...

lundi 19 janvier 2009

Les Emirats, prochain Eldorado du sport-business?

La lutte de prestige entre rois et émirs s'exporte dans l'univers du sport.

C'est à une drôle de guerre économique que se livrent l'Arabie Saoudite et ses émirats voisins depuis plusieurs années : alors que la famille royale saoudienne a la tutelle sur la ville sainte de la Mecque, une rente politique et économique pour le moins durable, Dubai, Abou-Dhabi et le Qatar bâtissent des modèles de développement assez originaux. Dubai construit une capitale mondiale du bling-bling, le Qatar un îlot de libéralisme politico-médiatique, et Abou-Dhabi une ville placée sous le signe des savoirs et de la culture. Mais bien sûr, cette lutte de prestige entre rois et émirs s'exporte dans l'univers du sport, avec des modèles, dans ce domaine, eux aussi assez différents.

Le Qatar d'abord. Capitale : Doha. L'Etat connu pour financer, entre autres, la chaîne d'infos Al-Jazeera, ne cache pas ses ambitions politiques : être le premier Etat arabe à organiser les Jeux Olympiques. Et pour parvenir à ses fins, le cheikh Hamad bin Khalifa Al Thani a misé sur un modèle de développement qu'on qualifiera de « relativement endogène » : « endogène », car il s'agit de développer les capacités sportives locales... mais « relativement », car, comme dans d'autres secteurs dans cette région du monde, le développement sportif qatari s'appuie quasi exclusivement sur une main d'oeuvre qualifiée étrangère. Dans les années 90, le Qatar a ainsi essayé de valoriser son championnat de foot en offrant des retraites dorés aux anciennes gloires européennes et latino-américaines (Desailly, Leboeuf, Batistuta etc). Semi-échec : les clubs qataris n'attirent en réalité que les parias du foot européen. La stratégie qatarie, ambitieuse, visait aussi à naturaliser des sportifs étrangers de haut niveau qui, pour une raison x ou y, n'étaient plus en odeur de sainteté avec leur fédération nationale. Dans le foot, Doha a ainsi cherché à bâtir une équipe nationale en proposant la nationalité qatarie à des footballeurs étrangers qui restaient aux portes de leur sélection nationale. Projet avorté en raison de l'opposition de la FIFA. Mais en athlétisme, cette politique a eu plus de succès : plusieurs athlètes kenyans ont ainsi déjà couru sous les couleurs qataries, à prix d'or. Et le Qatar, même s'il a fait chou blanc à Pékin, a gagné plusieurs médailles dans les Championnats du monde d'athlétisme.

A Dubai, c'est à l'éclosion d'un autre modèle qu'on assiste : un projet immobilier mégalo, dénommé Dubai City Sports, avec appartements de luxe et infrastructures sportives accueillant des matchs de gala (un stade, un gymnase, un terrain de cricket et un terrain de hockey sur gazon). Cricket et hockey sur gazon ? On dirait que le public ciblé par ce resort est la bourgeoisie indo-pakistanaise... Mais ce modèle de développement du sport-spectacle est mal barré : avec la crise immobilière, peu de chances que les appartements de Dubai continuent à se vendre à prix d'or...

Abou Dhabi, de son côté, est plus prudente. Là-bas, on se la joue simple et classique : recycler les pétrodollars dans des équipes sportives européennes qui ont fait leur preuve. La prise de contrôle de Manchester City par Cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, le frère du chef de l'Etat, a certes heurté les consciences britanniques. Le Labour s'en est même ému. D'autant plus que City n'hésite pas à déstabiliser ses adversaires en annonçant des transferts hors du commun pendant le mercato (Kaka, David Villa). Mais, à ce jour, aucune mesure politique n'a été adoptée Outre-Manche pour restreindre la prise de contrôle de grands clubs par des fonds du Golfe Persique...

C'est dans ce contexte qu'on apprend que Roman Abramovich, le milliardaire russe propriétaire de Chelsea, cherche à vendre le club à la famille royale saoudienne... Car encore une fois, la dynastie Al Saoud est à la traîne. Et elle se rend certainement compte qu'elle est train de passer à côté de quelques juteuses affaires... Alors, pour taper fort, Riyad lorgne du côté des Blues.

La vente de Chelsea aura-t-elle lieu? Peut-être pas dans les semaines à venir... Mais il est probable que, faute d'une politique nationale de contrôle des clubs, plusieurs équipes de Premier League tomberont bientôt dans le giron des émirs du pétrole, les seuls, à l'heure actuelle, capables de reprendre un joujou comme Chelsea estimé à 890 millions d'euros! Le temps des oligarques russe semble révolu!

Les pays du Golfe se positionnent donc petit à petit comme des acteurs financiers de premier plan du sport professionnel. Sans athlètes nationaux ou presque. Mais rassurez-vous, la France a un atout de poids : le fils du président, Louis Sarkozy, qui vit avec sa maman à Dubai. Allez Cécilia, il est temps d'inscrire Louis à une école de foot de Dubai! Avec un peu de chance, et l'ambition de son père, il fera peut-être carrière dans les Emirats, prochain Eldorado du sport-business.
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jeudi 8 janvier 2009

Red Bull, la World Company du football

On sent poindre un véritable mouvement de fond dans les clubs : la création d’équipes-filiales à l’étranger pour conquérir des marchés émergents et optimiser l’utilisation de la main d’oeuvre.

Vous connaissez le Red Bull Salzburg ? Il ne s’agit pas d’un nouveau cocktail, mais d’un club de foot…Eh bien figurez-vous que le Red Bull Salzburg est un club visionnaire, il préfigure ce que sera le foot pro de demain… Explications.

Il était une fois, au début des années 2000, un club de foot moyen dans une ville moyenne d’une nation moyenne du foot mondial. L’Austria Salzburg avait bien connu son heure de gloire en 1994 à l’occasion d’une finale de Coupe UEFA perdue face à l’Inter de Milan, mais il sombrait depuis dans les bas-fonds du prolétariat footballistique européen.

Il était une autre fois une firme autrichienne désireuse de conquérir de nouveaux marchés. La société Red Bull avait besoin à cet effet de se débarrasser d’une sale image de marque : on disait que sa boisson n’apportait aucun bénéfice sur la santé ; pire, chez les jeunes, le Red Bull était utilisé était comme adjuvant aux alcools forts afin de maximiser la durée de leur effet ! Red Bull décida donc d’investir à fond dans le sponsoring du sport, car le sport, c’est bien connu, c’est la santé.

Red Bull racheta l’Austria Salzburg en 2005, le rebaptisa Red Bull Salzburg et fit construire un nouveau stade de 30.000 places, le Red Bull Arena. En 2006, Red Bull acheta aux Etats-Unis l’équipe de soccer des MetroStars, lesquels devinrent donc les Red Bull New York. Il y a tout juste un an naissait la Red Bull Academy à Sogakope au Ghana. C’est quoi la suite de cette saga ? La création d’un championnat mondial des équipes Red Bull ? En tout cas, l’empire footballistique Red Bull s’étend. Il organise aujourd’hui un véritable commerce triangulaire de joueurs, de capitaux et de supporters entre l’Afrique, les Etats-Unis et l’Europe. Il s’agit de contrôler l’ensemble de la filière foot et d’optimiser au maximum le parcours des joueurs : en caricaturant, on pourrait dire que les joueurs ont une formation low-cost délocalisée en Afrique ; qu’ils rejoignent en début ou en fin de carrière l’équipe réserve de New York pour y faire leur armes et surtout pour conquérir le marché émergent du soccer US ; et qu’au sommet de leur carrière, ils sont admis dans l’équipe fanion de Salzburg. Ca c’est de la gestion des ressources humaines !

Les résultats sont déjà au rendez-vous. Red Bull Salzburg est champion d’Autriche 2007, dauphin en 2008. Red Bull New-York est finaliste 2008 du Championnat US. Et au Ghana, la Red Bull Academy est en passe de devenir la principale pépinière des jeunes talents ouest-africains.

Alors aujourd’hui, fort de ces succès, le modèle Red Bull fait école auprès des grands clubs européens ! Voilà que le Barça envisage lui aussi d’ouvrir une filiale à Miami ! Bon le Barça de Miami sera au Barça catalan ce que la Logan, chez Renault, est à la Velsatis. Une version low-cost délocalisée en quelque sorte. Mais il aura la « griffe » Barça. Et ce n’est pas rien !

On sent poindre un véritable mouvement de fond : la création d’équipes-filiales à l’étranger pour conquérir des marchés émergents et optimiser l’utilisation de la main d’oeuvre. Le danger ? Que les clubs de demain, pilotés par des enseignes commerciales (Red Bull, Emirates, Allianz…), se constituent en véritables multinationales. Les clubs de foot de l’avenir ne seraient plus du tout ancrés dans le « local » (une ville, une communauté) mais totalement dans le « label » (au mieux une griffe ou un style, au pire une simple marque).

Un motif d’espoir ? Certains fans de l’Austria Salzburg, mécontents que leur équipe soit rachetée et renommée par Red Bull, on décidé de refonder l’Austria Salzburg… qui a du redémarrer en septième division autrichienne et qui vient de monter d’un échelon ! Bonne chance les gars, la Ligue des Champions, c’est pour 2015 !
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